Retour à la page d'accueil
Aqui.fr
Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà
Bordeaux Métropole 2050
Aidez Aqui! à relever le défi de la grande région
Culture

L'actualité du roman : Leurs enfants après eux

Nicolas Mathieu : Leurs enfants après eux- Actes Sud-août 2018- 426 pages- 21,8€

Nous sommes dans la vallée de Heillange, du nom d’une petite ville (de fiction) située sans doute en Moselle, jadis sous occupation allemande entre 1871 et 1918 ; avec ses entreprises métallurgiques qui firent la prospérité puis la ruine des habitants, à la fin du XXème : Metalor, Socogem. Le récit débute comme un roman noir – une disparition d’un jeune homme suite à une violente bagarre, jamais élucidée -mais très vite, on s’éloigne de toute dimension criminelle pour y revenir parfois, fugacement. Mais sans se dérober à la prégnance d’une autre forme de violence, sociale, subie. Voilà le cadre général du second livre de Nicolas Mathieu qui vient de recevoir le prix Goncourt.

Pendant quatre étés, tous les deux ans, le lecteur suit l’itinéraire d’adolescents de leur quatorzième à leur vingtième année, qui se clôt avec la coupe du monde de football de 1998. Il y a là Anthony, « têtu et beau », en dépit de son oeil mi-clos, Hacine et Steph. Les deux premiers fils d’ouvriers, la troisième issue de la classe moyenne locale. Gravitent autour d’eux d’autres personnages, les parents des garçons, les ami(es) des héros ; et aussi le décor aveugle de l’ancienne usine, troué par les vitres cassées, dézinguées par les enfants, la statue géante de la Vierge qui domine la vallée «  monstre de piété qui, du haut de ses 10 mètres, veillait sur le sommeil des ouvriers », l’Usine le bistrot bien nommé théâtre de l’unique manifestation collective du récit et enfin, le lac où garçons et filles traînent l’ennui universellement partagé des vacances scolaires. Ne manque que la fausse évasion symbolisée par ces motocyclettes, Yamaha ou Suzuki, qui volent de main en main pour tracer des parcours minuscules. Le feston brutal de ces jeunes destinées se mesure dans la ronde non pas tant du désir amoureux, que dans le contact, chair à chair ; dans les essais ce que pourrait être, ailleurs, une vie différente, et que les filles paraissent réussir mieux que les garçons. Et pour raconter ce récit d’initiation contrariée, un style qui s’efface devant les personnages pour dire, avec la lucidité des vaincus ce qui aurait pu être et qui ne sera pas. Et c’est l’une des réussites majeures du roman que cette auto-analyse, souvent lapidaire, que tous les personnages font d’eux-mêmes et de leur condition sociale.

Nicolas Mathieu continue ainsi un parcours littéraire brillamment entamé avec Aux animaux la guerre, parfait roman noir et élégie pour la classe ouvrière des périphéries ( édité par Actes Sud collection Babel).

Bernard Daguerre

Photo: Mollat

Publié le 29/11/2018

Retour page d'accueil