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Culture

Entre les lignes : Montaigne: Encore un essai! par Jean Eimer

Montaigne Encore un essai !

Il fallait oser...mais quand on a déjà traversé les Pyrénées avec son âne, que son métier vous a prédisposé à voyager en Guyenne et Gascogne et à diriger la rédaction d'un journal, Sud Ouest Dimanche, où la culture a toujours tenu la meilleure place, le défi n'est pas insurmontable. Avouons-le sans détour: Jean Eimer l'a relevé magnifiquement après s'être plongé dans l'oeuvre et la peau -pardon le fantôme- de Michel Eyquem de Montaigne dont nous avons une si grande fierté, lui qui continue de voyager à travers les continents en suscitant un incroyable engouement et dont notre confrère Serge Raffy a écrit dans l'Obs:" il est le roi du subterfuge, un nomade de l'intelligence, un feu follet, toujours en mouvement pour que jamais sa pensée ne se fige dans la pierre..."

Donc Jean Eimer, accompagné pour la circonstance par le trait de Christian Gasset, nous entraîne dans cette vie qu'il a cotoyée au fil de lectures innombrables où l'Histoire de ces soixante années lui autorise les plus extraordinaires rencontres. Des rois de France, Henri III ou ce Navarre, ce futur Henri IV, reçu et instruit à Montaigne, qu'il ne verra pas sur le trône avant sa mort, Grégoire XIII visité à Rome, destination rêvée de ce voyage de longue haleine, à travers l'Europe, ponctué par cette accession au rang de citoyen d'honneur de la ville, non sans quelques "combinazzione de bas étage". Mais l'excuse de Jean Eimer, non, celle de Montaigne est là: "c'était une façon de renvoyer l'ascenseur aux grands auteurs antiques à qui je devais tant..."

Du gascon improbable au latin obligatoire

Et puis, bien sûr, il y aura eu cette rencontre à nulle autre pareille, celle à vingt cinq ans d'Etienne de La Boétie qu'il aimera plus qu'aucune des femmes de sa vie, en tout cas assurément bien plus que sa mère qui l'ignora. Dans le hameau de Papessus, à deux pas du château de Montaigne, chez une nourrice paysanne, après avoir jusqu'à l'âge de trois ans bredouillé un gascon incertain, notre héros va "être plongé dans un bain de latin par la volonté d'un père "acquis aux principes humanistes de la Renaissance". L'affaire d'un précepteur Horstanus et de deux assesseurs ayant la "stricte obligation de ne parler qu'en latin". Ecoutons le jeune Michel parler de ses premières années et de son arrivée à six ans - oui à six ans! - au collège de Guyenne à Bordeaux: "je vivais à la campagne comme si j'avais été l'héritier reclus d'une cité interdite. Restait la pensée pour m'évader...J'avais six ans quand on me fît entrer au collège de Guyenne, à Bordeaux, en qualité d'externe. Mon père alors qu'il était prévôt de la ville, ou premier jurat je ne sais plus, avait participé à la mise en place de ce collège, l'un des meilleurs du pays, sinon le meilleur pour la qualité de ses professeurs, placés sous l'autorité du grand André Gouvéa, fin lettré sans doute d'origine juive, officiellement catholique mais perméable aux idées de la réforme, venu de son Portugal natal à Bordeaux, via Paris. Rien de plus logique donc que mes études se soient faites dans ce collège, outre le fait qu'il se trouvait à proximité de la maison que nous habitions rue de la Rousselle." Ou l'aprentissage précoce du latin allait faire du jeune collégien "un élève à si haut potentiel, pour parler le jargon des "pédagogistes" d'aujourd'hui ( là on cesse de lire et on rit de bon coeur car l'auteur, en de nombreuses occasions, nous y convie avec humour). Ainsi, sautant plusieurs classes, notre collégien bouclait-il le cursus normal des études secondaires de l'époque, dès l'âge de treize ans. Puis vint le temps des études de philosophie, de droit à Toulouse, des filles et belles lettres à Paris avant que de devenir conseiller à la Cour des Aides de Périgueux, année où son père devenait maire de Bordeaux, ce qu'il sera à son tour, en 1581, à 48 ans, sans empressement. L'année d'avant il a publié, à compte d'auteur, la première édition des Essais...

Celui que nous propose Jean Eimer, non content de nous régaler par le sens aigu du récit qui l'habite, est une formidable invitation à replonger dans les Essais, à rouvrir le superbe "Montaigne à cheval" de Lacouture, à suggérer aux professeurs d'histoire dont l'enseignement du XVI° siècle aurait du mal à passionner les élèves d'organiser quelques lectures de cet ouvrage, assorties de recherches sur une époque tragique, celle d'un pays déchiré par les guerres de religion, que Montaigne a traversée en prodiguant la tolérance.

Montaigne, Encore un essai! Jean Eimer, illustrations de Christian Gasset Cairn éditions; www.editions-cairn.fr

Joël Aubert

Photo: Aqui.fr

Publié le 27/12/2018

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