Retour à la page d'accueil
Aqui.fr
Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà
Le joli mois de l'Europe
Aidez Aqui! à relever le défi de la grande région
Métropole

Budget participatif : Mérignac dévoile sa sélection

budget participatif Mérignac

Participatif. Cinq syllabes à la mode, auxquelles on colle souvent le mot "budget". Inventé à la fin des années 80 au Brésil, le procédé séduit de plus en plus de communes en France. Plus localement, quelques communes de la métropole s'y sont mises depuis deux ou trois ans et Bordeaux a lancé son premier en janvier dernier. Ce lundi, c'était au tour de Mérignac d'inviter ses habitants à découvrir les 64 projets retenus officiellement comme "candidats" à son premier budget participatif d'un montant de 200 000 euros. Petit récit des idées qu'on y a vu germer.

Certaines modes n'ont pas besoin de faire leur pub pour être populaire. Après Paris en 2014, Bordeaux a récemment proposé un budget participatif de 2,4 millions d'euros (ce dernier ayant été thématisé autour du développement durable). L'intérêt et l'engouement pour cet outil démocratique séduit de plus en plus de villes : actuellement, elles seraient plus de 130 en France à l'avoir mis en place, à des échelles, bien sûr, différentes en fonction de leur taille et du budget municipal qu'elles ont décidé d'y allouer. La métropole bordelaise ne fait pas exception : Pessac a alloué 300 000 euros à son deuxième budget participatif en 2019, Talence en est à son troisième (350 000 euros), tandis que Floirac, pour son deuxième budget, a décidé d'allouer 160 000 euros dont 60 000 flêchés vers "des projets relatifs aux écoles", et d'autres devraient suivre. Ce lundi 6 mai au soir, il y avait foule dans la salle de la Maison des Associations de Mérignac, aucune chaise n'était vide. Et pour cause : on y a présenté les 64 projets retenus élligibles au vote du tout premier budget participatif de la commune. D'un montant de 200 000 euros, il a permis aux habitants de déposer 197 projets entre janvier et février avant que ces derniers soient analysés par les services municipaux qui en ont éliminé 116, sélectionnés 81 et recoupés 29 en 12 (certains étant sensiblement similaires). Au vu du premier bilan, le sujet le plus plébiscité par l'ensemble des projets déposés reste (sans grande surprise), lié à l'espace public, au cadre de vie et à la mobilité. 

Des poules et du lien social

Sans, bien sûr, nous attarder sur les 64, on peut tout de même voir que tous les quartiers de la commune y sont représentés et que certaines idées sont même similaires à celles d'autres communes (par exemple, à Mérignac comme à Talence, on propose la mise en place de panneaux devant les plaques d'égoût pour inciter les fumeurs à arrêter d'y jeter leurs mégots). C'est aussi un bon moyen pour y déceler les tendances et les attentes des habitants, souvent assez proches d'une ville à l'autre. À Mérignac, par exemple, on aimerait bien avoir des poules dans l'espace public, "dans le même esprit que les jardins partagés". Elles pourraient être placées près des écoles élémentaires ou de la maternelle aux côtés d'arbres fruitiers pour sensibiliser les enfants à leur entretien mais aussi à la réduction des déchets. Annabel (40 ans), Alizée (30 ans), Zia (12 ans) et Patrick (59 ans) ont eu la même idée. Ouvertes au vote par le biais d'un site dédié, leurs deux propositions ont recueilli, à l'heure d'écrire ces lignes, plus d'une quarantaine de votes.  "J'ai deux poules dans mon jardin, ça me permet aussi de diminuer les déchets ménagers dans mes poubelles", confie Patrick, ancien gendarme à la retraite. "L'idée, ce serait de mettre une dizaine de poules. Ce n'est pas un projet très cher, mais ce n'est pas un poulailler comme on le voit en jardinerie : il est plus grand, bien protégé avec plusieurs accès. Il faut que les animaux aient de la place, si c'est pour mettre des poules en batterie ce n'est pas la peine...". Le budget prévisionnel pour ce projet est de 2500 euros, mais Patrick nous confie qu'il pourraît coûter un peu plus (sans qu'il ne dépasse les 5000). "Il y a déjà des jardins et des ruches dans le quartier, ça viendrait s'ajouter à ce qui est déjà là", termine Patrick. 

Certains ont des budgets modestes, d'autres, en revanche, sont un peu plus ambitieux. C'est le cas, par exemple, de l'aire de jeux intergénérationnelle proposée par Alexandre, 42 ans, papa et originaire de Belgique. "Dans le quartier d'Arlac, en termes de lieux de rencontre, on n'a pas grand-chose. Il y a bien un café en face de chez moi, mais on aimerait pouvoir permettre aux familles avec enfants et aux personnes âgées d'avoir un lieu commun, sur la place Campana". 40 000 euros, c'est ce que pourrait coûter cette "aire de jeux" comprenant notamment des balançoires, un tobbogan, une "araignée" pour grimper, un baby-foot, une table de ping-pong, des bancs et un terrain de pétanque, le tout regroupé dans un espace comprenant également un carré potager partagé. Certains sont plus engagés encore :  c'est le cas, par exemple, du projet de Laura (24 ans), qui propose d'installer des défibrillateurs à l'extérieur des bâtiments municipaux accueillant du public (pour un budget de 15 000 euros), plutôt que de les laisser enfermés dans des endroits où ce dernier ne peut y avoir accès (comme des locaux privés d'entreprises, par exemple). D'autres ont une volonté d'inclusion, comme ce projet proposé par la trentaine de jardiniers des jardins partagés de Luchey qui souhaite installer trois potagers sur pieds sur un sol recouvert de calcaire pour faciliter l'accès aux personnes en fauteuil roulant. Jérôme, jardinier, affirme que c'est le fait d'avoir inscrit son père, âgé de 80 ans et qui a des difficultés à se déplacer, qui a contribué au déclenchement de l'idée d'une activité de jardinage "adaptée" (avec des ustensiles spécifiques : pas besoin, par exemp,e d'un arrosoir de cinq kilos...). "Ce jardin est toujours en évolution. On voulait trouver une possibilité d'amener des gens qui ont mal au dos, des difficultés à se baisser, pas forcément uniquement des personnes en fauteuils roulant".  

Un premier essai prometteur ?

Qu'il s'agisse d'installer un parcours canin, un frigo solidaire, des ruches, une zone de fouilles archéologiques pour les enfants ou des stations de réparation pour les vélos, aucun n'oublie un fort besoin de lien, véritable point commun de beaucoup de budgets participatifs proposés par les mairies. Bien qu'il paraisse aux premiers abords financièrement frileux, celui de Mérignac est une première expérience, pas loin d'être concluante pour son maire, l'ancien sénateur Alain Anziani (PS). "On a reçu un grand nombre de projets, très intéressants et variés, c'est une bonne surprise. On doit faire confiance à nos citoyens pour proposer des choses qui tiennent compte des contraintes. Il ne fallait pas que ça coûte trop cher ou que ce soit du fonctionnement mais plutôt que cela soit relatif aux compétences de la ville et que ça profite au plus grand nombre. C'est surtout une belle boîte à idées dans laquelle on pourra piocher dans beaucoup de propositions pour les mois qui viennent". L'élu l'assure, cette initiative est vouée à ses renouveler : "il y aura un budget participatif tous les ans et je pense qu'on ajustera son montant à l'engouement qu'il y aura autour de lui. Il est très possible que ce montant de départ soit, dans les années à venir, nettement dépassé". Les habitants (où, petite particularité locale, les personnes travaillant dans la ville) ont jusqu'au 26 mai prochain pour voter sur le site dédié (où au sein de la maison des associations) pour leurs trois projets préférés. L'annonce des lauréats, elle, aura lieu le 4 juin dans le parc du Vivier. 

Romain Béteille

Photo: RB

Publié le 08/05/2019

Retour page d'accueil

Aqui.fr au salon régional de l’Agriculture – Nouvelle Aquitaine Les spéciaux d'Aqui!
Aqui.fr au salon régional de l’Agriculture