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Environnement

L'après Xynthia : Chatelaillon et Yves font stratégie commune contre les submersions marines

La nouvelle digue entre Yves et Chatelaillon

C’est une digue de 1,6 km qui relie désormais Chatelaillon et Yves, du port des Boucholeurs jusqu’au chemin de l’Oasis. Au carrefour de ces deux stations balnéaires de Charente-Maritime, le village des Boucholeurs est désormais surplombé par un belvédère. A ses pieds, une plaque commémorative indiquant les directions de Chatelaillon et Yves. Inaugurée ce 1er juin, elle symbolise également le combat commun porté par les deux communes dans leur défense contre les assauts de la mer.

Lors de l'inauguration du village des Boucholeurs, le 1er juin, en présence des élus et représentants de l'Etat, avec la plaque commémorative au centre: (de gauche à droite) le président du Département D.Busseau, le préfet F.Rigoulet-Roze, le maire de ChaLors de l'inauguration du village des Boucholeurs, le 1er juin, en présence des élus et représentants de l'Etat, avec la plaque commémorative au centre: (de gauche à droite) le président du Département Dominique Bussereau, le préfet Fabrice Rigoulet-Roze, le maire de Chatelaillon Jean-Louis Léonard, Le maire d'Yves Didier Roblin, le président de l'agglomération de La Rochelle Jean-François Fountaine et la député Frédérique Tuffnell.  

Un traumatisme encore dans les mémoires

De Châtelaillon à Fouras, la tempête Xynthia avait durement touché ce bassin historique des « boucholeurs », en 2010. Le bilan fut lourd une fois la mer retirée : 650 habitations inondées à Châtelaillon et Yves, de nombreux dégâts matériels (infrastructures publiques, voitures, mobilier urbain) et surtout, deux morts, parmi les 12 que compta la Charente-Maritime dans ce drame. Parmi les plus durement touchées, Chatelaillon et Yves furent aussi les premières communes à réagir pour renaître de leurs cendres et se défendre contre les assauts de la mer. Ses deux maires respectifs, Jean-Louis Léonard et Didier Roblin, se souviennent encore de cette nuit du 27 au 28 février 2010 : l’eau qui envahit tout sur plusieurs kilomètres à l’intérieur des terres, s’infiltrant par les canaux et les marais, des maisons les pieds dans l’eau, les rues disparaissant sous l’eau, et cette baie devenue comme un immense lac. « Avec Jean-Louis, on s’est rencontré très tôt ce matin là et on s’est tout de suite dit qu’il fallait reconstruire », raconte Didier Roblin, qui était alors récemment élu maire d’Yves.  « A l’époque, on n’avait pas voulu tirer les leçons de la tempête Martin en 1999 », regrette celui qui avait pourtant demandé des études de protection de côtes : « Un élu m’avait dit qu’il n’était pas question qu’on mette 3 millions dans la défense d’Yves. Et puis Xynthia est arrivé. Aujourd’hui, je lui donne raison : on n’a pas mis 3 millions mais 13 ! »

Un long combat pour reconstruire

Reconstruire fut plus simple à dire qu’à faire. Se référant à des directives nationales, le préfet de l’époque ordonne d’abord de raser 400 maisons en bord de mer. Mais les élus ne peuvent se résoudre à voir disparaître ce qui constitue le cœur de leurs communes, en particulier le village des Boucholeurs, ce quartier historique de pêcheurs à la limite entre Yves et Chatelaillon. Jean-Louis Léonard (LR) fait venir le président de l’époque, Nicolas Sarkozy. « Il m’a dit : plus jamais ça », raconte l’élu, « c’est lui, ensuite, qui a décidé que l’Etat mettrait 40% dans les travaux de protection ».  Les aides de l’agglomération, du Département (20%) et de la Région (18%) suivront. Chatelaillon et Yves sont ainsi les deux premières communes de France à élaborer un Programme d’actions et de prévention des inondations (PAPI) dès 2011, avant de l’étendre à ses voisines de Fouras et de l’île d’Aix. Pour mener à bien les opérations, un syndicat est créé rassemblant les 4 territoires concernés : le SILYCAF (le syndicat intercommunautaire de littoral Yves Chatelaillon Aix Fouras). Objectif pour les communes : garder la maîtrise d’ouvrage de leur réaménagement.

Allier l’utile à l’agréable

Le sol a été aménagé en pente douce le long des maisons pour faire repartir l'eau en cas de submersions

Les premiers travaux sont réalisés entre Yves et Chatelaillon entre novembre 2013 et fin 2017. 110 000 t de rochers, 150 t de ferraille pour béton sont déployées pour renforcer ce bout de côte. Trois brises-lames en enrochement de 170 m chacun sont aménagés sur l’estran et une digue d’1,6 km de long érigée entre Yves et Chatelaillon, traversant le village des Boucholeurs.

 250 000 pavés blanc ont servis a aménager cette promenade d'un peu plus d'1,6 km entre Yves et Chatelaillon

« On a voulu allier l’utile à l’esthétique en faisant une digue de qualité commune, avec une promenade permettant de rallier les deux communes sans interruption », explique Jean-Louis Leonard. Trois millions d’euros ont été mis dans le seul réaménagement du village des Boucholeurs. En plus de sa digue d’1m10 (côté promenade) et d’un belvédère, une rotonde a été construite, avec un panneau explicatif et des bancs en béton dont les couleurs et les circonvolutions évoquent ceux de Gaudi dans le parc Güell à Barcelone. 

La nouvelle esplanade a été réalisée sur l'estran et entourée par la nouvelle digue

 

A l’arrière de la promenade, des espaces verts descendant en pente douce, des aires de pique-nique, un boulodrome, des jeux pour les enfants ont été aménagés.

Aux Boucholeurs, les aménagements urbains ont été réalisés en contrebas de la digue, avec des aires de pique-nique et un boulodrome

Ce qu’il reste à faire

Réalisé entre 2012 et 2018 à plus de 13 millions d’euros (HT) ce premier programme de défense avait vu notamment l’érection d’un brise lame de 200m de long au nord de Chatelaillon, entre 2014 et 2015 (pour 2,5M€) et un apport de 80 000t de sable pour refaçonner sa plage. Après une enquête publique à l’automne 2018, le bassin repart pour un deuxième PAPI. Cette deuxième campagne de travaux chiffrée à 11,3 millions d’euros (HT) va s’échelonner jusqu’en 2020. Une première phase de travaux s’est tenue entre février et mai de cette année sur la partie sud de la plage de Chatelaillon. Entre la rue Sans Nom et le port de plaisance de Chatelaillon, le cordon dunaire a été remodelé et revégétalisé sur 800 m linéaire. Entre les villas balnéaires et le cordon dunaire, le sentier du littoral est en cours de réaménagement, dans l’objectif de lui redonner sa largeur d’origine de 4 m.

Grande plage de Chatelaillon

A l’automne, les travaux reprendront au nord de la plage de Chatelaillon, au niveau de l’émissaire pluvial (gros tuyau d’évacuation des eaux). Un épi en enrochement va être créé par-dessus, sur une soixantaine de mètres de long, jusqu’en bout d’épis. Objectif : bloquer le sable sur la plage. Un autre enrochement sera effectué à la hauteur de la rue du Marché sur 74m. D’ici jusqu’à la rue Fatin, 1km de plage sera réensablé. Fin 2019, ce sera au tour du secteur de Saint-Jean des Sables, à la limite entre Angoulins et Chatelaillon. Les travaux vont consister en une reprise de la digue et des deux épis, ces derniers protégeant les exutoires du marais. Un mois de travaux seront nécessaires pour améliorer l’ancrage des 130 m linéaire de digue. Ce sera ensuite à la digue d’Obigny d’être confortée, au nord de la rue Charbonneaux. Plus conséquents, ces travaux à 920 000€ HT vont s’étendre sur trois mois – ici, c’est l’enrochement qui fait défaut, une partie ayant glissé vers l’estran. Au programme : ancrage du pied de digue, réorganisation des enrochements, rechargement du cœur de digue et remise en état du pérré.  

Fin 2019 devrait également démarrer les travaux du port de plaisance de Chatelaillon. Ici, la digue existante sera conservée en l’état et renforcée par un deuxième muret sur 130 m le long du chemin du littoral. La voirie sera reprise pour diriger les écoulements, en particulier au nord du port, où les terrains sont les plus bas et donc les plus susceptibles de stocker l’eau en cas de submersions. Un canal de stockage y sera notamment aménagé et des batardeaux intégrés devant l’école de voile et la cale de mise à l’eau.  

Une nouvelle protection par et pour la réserve naturelle

Les élus l’attendaient depuis longtemps : début mai, l’Etat a donné son accord pour ériger une nouvelle digue en terre traversant la réserve naturelle du marais d’Yves. Le sujet, sensible, avait suscité moults débats localement puisqu’il s’agit d’une zone naturelle protégée, abritant une riche biodiversité, notamment des oiseaux. L'eau étant rentrée notamment par les marais et ses canaux, il semblait indispensable aux élus de renforcer la défense des Boucholeurs de ce côté-ci.

Une première digue à l’intérieure des terres, derrière les marais, existait déjà. Elle sera renforcée sur ses 740 m linéaire, notamment par des enrochements dans sa partie sud. Une deuxième en front de mer, à l’entrée des marais, viendra suppléer cette première défense. Réalisée en argile et végétalisée, cette nouvelle digue de 3,2km s’étendra de la fin de la route de l’Oasis à la ferme du Rocher. Le centre nature de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). L’actuelle aire de stationnement et l’accès à la plage seront déplacés à l’extrême sud de la réserve. Avec ses 15m de large, ce nouvel ouvrage devrait permettre d’accueillir une promenade permettant aux piétons de ralier la ferme du Rocher. La Vélodyssée conservera son parcours initial contournant les marais. Le chantier devrait démarrer en septembre par des travaux d’extraction de l’argile, prise sur place, pour un aménagement fin 2020. Coût total de l’opération : 7,4 millions d’euros HT.

Anne-Lise Durif

Photo: Anne-Lise Durif

Publié le 03/06/2019

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