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Edito

Humeurs d'été: Résister à l'effondrement qu'on nous annonce inéluctable


Il y a des matins où l'on ressent comme une absolue nécessité le besoin d'écouter de la musique pour chasser ces insupportables bruits du monde alentour. Ces feuilletons d'été où nos démocraties, déjà bien fatiguées, vont d'une révélation à l'autre qui, d'ailleurs n'en sont pas toujours, sur le prix du homard et son improbable alliance avec le Pétrus de Jean-François Moueix, qui doit être bien désolé de la drôle de pub faite à ce trésor de chez nous. Alors, ce dimanche, j'ai choisi de laisser le soin au merveilleux Johannes Pramsohler de me faire voyager avec la complicité de Philippe Grisvard, entre Corelli et Handel. Doux et vifs à la fois leurs accords nous prennent par la main pour partir à la conquête des enseignements de Dame Nature. Allons-y : la brise, ce matin de 14 juillet est légère. Les enseignements sont là, à portée de nos yeux. Une grande sécheresse, attisée par un ensoleillement d'une rare puissance, investit nos campagnes et jardins et un filet d'eau nous rappelle que le ruisseau, au bas du village, est une rivière, affluent de l'Isle. Les sources se tarissent et le nombre des départements - Deux-Sèvres,Vienne, Charente-Maritime, Creuse - déjà contraints par des interdictions d'arrosage grandit face au grand défi du réchauffement climatique planétaire, peut-être le plus considérable, celui de la ressource en eau.

L'Agence Adour Garonne et ses représentants qui mettent leur grande compétence au service d'un état des lieux et de la définition d'une politique partagée, le rappelleront, ce mardi à Bordeaux, au Conseil régional, lors d'un comité de Bassin qui réunira autour d'Alain Rousset et Martin Malvy, les préfet et préfète d'Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine. Dans l'ordre des priorités de notre démocratie la gestion de l'eau qui est l'essence même du vivant, doit figurer au premier rang. Et il est heureux que l'Etat et les collectivités locales et territoriales relèvent ce défi.

D'ailleurs, n'en déplaise à quelques esprits chagrins, félicitons-nous qu'avec « Néo Terra » qui fait suite au diagnostic « d'Acclimaterra » que le bordelais Hervé Le Treut a piloté, la Nouvelle-Aquitaine vienne de lancer, la première en France, le très grand chantier d'une « feuille de route sur le chemin de la transition énergétique et climatique » Une série de onze ambitions qui participent d'un autre mode de vie, pour ne pas dire d'un autre modèle de développement. C'est, à nos yeux, un devoir que de s'en emparer et de ne pas céder à la tentation de cette "collapsologie heureuse" qui est dans l'air du temps et fait écho à l'un des mots dominants d'aujourd'hui : l'effondrement. Oui, l'effondrement de notre planète. Traduisons un peu trivialement : puisque, de toute façon, tout est foutu et qu'au mieux notre civilisation aura disparu dans deux ou trois dizaines d'années, vivons frugalement et jetons par dessus bord nos vieux habits. Propos de bobos ? Pas seulement; de gens généralement aisés, de citoyens aussi de plus en plus conscients. Jean-Marc Gancille, le co-fondateur de Darwin à Bordeaux, désormais installé à la Réunion, qui a publié au printemps dernier « Ne plus se mentir », un petit essai décapant l'écrivait en ces termes : « se libérer du superflu permet de cultiver sa créativité, de retrouver de l'autonomie, suppose de se tourner vers les autres pour faire face aux difficultés et encourage à coopérer pour mutualiser ce qui peut l'être. C'est une façon à la fois de reprendre le contrôle de sa vie et de créer du commun. » Et ceci avant d'ajouter : «  Tenons-le désormais pour acquis ; le réformisme et la démocratie actuelle ne sauraient mettre fin au mode de production capitaliste, à la tyrannie de la croissance, à l'impératif compétitif et à la dévastation des écosystèmes » puis de lancer ce cri : « Radicalisons-nous » ...Un appel dont nous sommes, quelques-uns et quelques unes à ne pas être sortis indemnes, après lecture.

Que l'ami Jean-Marc qui fait désormais partie de ceux pour qui la solidarité active avec le vivant, cette ultime tentative de sauver la biodiversité, est devenue une œuvre de vie et une façon « de sauver ce qui peut l'être et sauver l'honneur » accepte notre désaccord : pourquoi ne ferions-nous pas le pari qu'une démocratie vivante et décentralisée, dans un vaste territoire, soit en mesure, en moins de dix ans, de montrer l'exemple, de modifier la donne énergétique, d'accélérer les mutations agricoles en cours, d'imaginer les usines du futur, et, pourquoi pas, d'entraîner une large adhésion citoyenne? Et, ce faisant, de rendre possible ce que l'alliance objective des Etats cadenassés et du libéralisme sauvage  semble devoir interdire, à jamais.

 

La

 

Joël Aubert

Photo:

Publié le 14/07/2019

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