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Culture

Des mosaïques du Ier siècle découvertes à Poitiers

Des mosaïques du Ier siècle ont été découvertes à Poitiers sur le site de fouilles du jardin des droits de l'Homme

Il suffit de creuser pour voir surgir des morceaux d’histoire de la ville de Poitiers. La preuve encore dans les jardins des droits de l’Homme, juste derrière la médiathèque François-Mitterrand. Depuis le 11 juin, l’équipe de l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) effectue une fouille minutieuse et méticuleuse, menée par Benoît Billy, responsable des opérations à l’INRAP. Elle a été commandée et prescrite par les services de l’État. Au total, c’est une surface de 230 m2 qui est passée au pinceau. L’équipe a mis au jour deux mosaïques datant de la période antique, sans doute du Ier siècle, et des éléments plus récents, de l’époque médiévale. Les mosaïques ont été extraites et vont être étudiées pour essayer d’en apprendre plus sur l’histoire antique de Poitiers.

Sur le site du jardin des droits de l’Homme, derrière la médiathèque François-Mitterrand de Poitiers, c’est le grand chantier. Des archéologues fouillent avec minutie une surface d’environ 230m2. Ils ont déjà mis à jour deux mosaïques. Une découverte extraordinaire. « Grâce aux efforts et au travail de l’équipe de l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) » souligne Alain Claeys, maire de Poitiers. 

Cette première mosaïque daterait du Ier siècle et mesure environ 25 m2

Une découverte exceptionnelle

Ces deux mosaïques présentent des caractéristiques très rares selon le responsable des opérations à l’INRAP, Benoît Billy. « Le première mosaïque présente une superficie exceptionnelle. Là, vous avez environ 25m2, mais on l’estime a minima à une quarantaine. Elle daterait du Ier siècle. Elle est dans un état relativement bon, quand on connaît l’histoire douloureuse qu’elle a subie », explique-t-il. Les motifs et l’organisation des tesselles (petits morceaux de marbre ou de pierre qui forment la mosaïque) sont complexes. Cette première mosaïque est composée de deux bandes latérales noires et de motifs obliques. Ce sont près de 500 000 morceaux de tesselles qui la composent. Certains espaces ont d’ailleurs été comblés. « des sortes de rustines qui datent sans doute encore de son utilisation ». Elle était sans doute située dans l’entrée d’un bâtiment avec des colonnes (un dé ainsi qu’une colonne et des éléments qui la composent ont été dévoilés à proximité) La deuxième est plus petite et moins bien préservée. Elle se poursuit sans doute sous les fondations de la rotonde de la faculté de Droit voisine. De couleurs blanches avec des motifs de couleurs plus simples. « Ce sol a déjà été observé dans les années 1970 de manière sporadique, à l’occasion des travaux de la rampe d’accès à la médiathèque », précise Benoît Billy. 

La deuxième mosaïque possède des motifs plus simples

Quelque chose saute aux yeux lorsqu’on observe le chantier de fouille. « Il y a une faille, un incident dont on est pas encore en mesure de donner la raison. Il y a eu effondrement d’une partie du site. Il peut être lié à la conception du bâtiment, un séisme. Il va falloir faire un sondage plus précis et confronter les données pour essayer d’en déterminer la cause. » Un affaissement avait également été remarqué lors de fouilles qui avait été organisées avant le chantier de réaménagement de la place Charles VII, il y a un peu plus d’un an : on y avait découvert une cave médiévale en ogive et la présence d’un égout antique détruit au Moyen Âge.  

Un travail minutieux et délicat

Même les archéologues en sont pour l’instant au stade des suppositions et des hypothèses, ces mosaïques vont livrer peu à peu leur secret. Elles vont être déposées, prélevées par une entreprise, située en banlieue de Périgueux, à Marsac-sur-l’Isle, spécialisée dans la restauration et la conservation d’oeuvres d’art et de vestiges archéologiques : Socra. Elle a beaucoup fait parler d’elle, ces derniers temps, puisqu’elle s’occupe de la restauration des statues de Notre-Dame de Paris et le coq, qui était situé au sommet de la flèche, a d’ailleurs rejoint les ateliers au début du mois de juillet. Les employés de Socra ont besoin de trois jours pour déposer les deux mosaïques découvertes à Poitiers. « Nous allons procéder à la dépose de ces deux tapis de mosaïque, à l’aide d’une technique d’encollage sur la surface. Ensuite, nous allons insérer de fines lames dessous. Nous avons de la chance les tesselles sont désolidarisées de la terre, l’opération se déroulera plus facilement », explique Romain Gilbert, président de Socra. Les mosaïques vont être disposées sur des panneaux d’un mètre sur un mètre, puis maintenues dans un premier temps en sandwich pour les manipuler et les transporter plus facilement. Ensuite, elles pourront être étudiées et restaurées si besoin. 

L'entreprise de Périgueux, Socra, a déposé les deux mosaïques en trois jours avec une technique particulière

Au total, il y aura eu sept semaines de fouilles sur le site du jardin des droits de l’Homme de Poitiers. Elles se termineront le 26 juillet prochain. Les entreprises de voiries reprendront les travaux à partir du 26 août, pour environ vingt semaines. Le jardin devrait être achevé avant Noël. Quant aux mosaïques, « il faut que le public puisse venir les contempler et qu’elles deviennent une outil de médiation », confie Jean-Marie Compte, adjoint à la mairie de Poitiers, délégué au patrimoine historique et à l’archéologie. Ces découvertes participent à l’histoire de Poitiers et permettent de la comprendre. Maintenant il ne reste plus qu’à déterminer dans quel lieu elles seront visibles. En attendant, elles sont stockées au centre de recherches archéologiques de l’INRAP à Poitiers, avec les éléments de décors qui ont été trouvés sur le site de fouilles. Toutes ces pièces seront médicalement étudiées pour encore un peu plus dévoiler leur histoire.

Julien Privat

Photo: Aqui.fr

Publié le 15/07/2019

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