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Société

Le CESER présente son rapport sur les enjeux d’une neutralité carbone

Le CESER a présenté un condensé de son rapport de 120 pages sur les enjeux d'une neutralité carbone en 2050 en Nouvelle-Aquitaine

Le CESER (Conseil Économique, Social et Environnemental Régional) de Nouvelle-Aquitaine a présenté à Bordeaux, Limoges, et Poitiers son rapport sur les enjeux d’une neutralité carbone en 2050 dans la région. Un rapport de 120 pages riche en analyses et préconisations. Avec un zoom particulier sur l’agriculture et la forêt, deux pans essentiels selon le conseil qui permettrait d’atteindre les objectifs de zéro carbone. Le CESER a réalisé ce travail après une saisine du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine qui remontre au 12 juillet 2018. En moins d’un an, la commission environnement a livré ses conseils afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050 dans notre région.

Maison de la région à Poitiers. Au pupitre, Dominique Chevillon, président du CESER (Conseil Économique, Social et Environnemental Régional) de Nouvelle-Aquitaine, Christine Jean, présidente de la commission environnement, Bernard Goupy, rapporteur de la commission environnement. Face à eux, un public très impliqué dans l’environnement et pressé de connaître les grandes lignes de ce rapport de plus de 120 pages, car les membres du CESER sont venus présenter leur rapport sur les « Enjeux d’une neutralité carbone à l’horizon 2050 en Nouvelle-Aquitaine, de la prise de conscience aux changements de modèle ». Un rapport adopté à l’unanimité des voix exprimées lors de la séance plénière du CESER du 3 juillet dernier. Il a également été présenté à la commission permanente du 8 juillet au conseil régional et plutôt bien accueilli par la collectivité. D’ailleurs, il complète et s’intègre dans la feuille de route de la transition environnementale et climatique : Néo terra. « Notre mission est de nourrir le conseil régional de nos orientations. Nous sommes une assemblée socio- professionnelle, nous disons ce que nous pensons sur les orientations politiques régionales et ces actions. Nous produisons des dossiers, des rapports, sur le temps long, sans filtre. Nous exprimons une vision la plus représentative de la société sans être dans le consensus », confie en introduction Dominique Chevillon, le président du CESER. 

C’est à la suite d’une saisine de la Nouvelle-Aquitaine, en date du 12 juillet 2018, que le CESER s’est emparé de la question de la neutralité carbone dans la région pour 2050. « Ce rapport a été voulu par Alain Rousset. L’atteinte de la neutralité carbone nécessite des actions de la part de tous les acteurs et une participation de tous les citoyens. Nous sommes partis de l’analyse des enjeux pour faire des préconisations », explique Christine Jean, président de la commission environnement du CESER. Au total, dix-sept experts de ces sujets ont été rencontrés pour restituer toutes ces données. Cela va des acteurs institutionnels à des échanges entre des personnes qui ne partagent pas forcément la même vision, ni les mêmes approches. Car ce sujet de neutralité fait débat.

La neutralité carbone

En premier lieu il convient de définir ce qu’est la neutralité carbone. Le Giec (Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) a publié en 2018 un rapport sur les conséquences du réchauffement climatique. Il alertait sur le fait que pour contenir une augmentation de la température à 1,5°C, les émissions de CO2 devaient chuter de 45% d'ici 2030 et que le monde devait atteindre une neutralité carbone en 2050. La neutralité carbone, c’est l’état d’équilibre à atteindre entre les émissions de gaz à effet de serre (GES) et leur retrait de l’atmosphère par un écosystème anthropique.

Force est de constater que pour l’instant le bilan des gaz à effet de serre ne sont pas très bons. Si on fait un état des lieux aujourd’hui des émissions en Nouvelle-Aquitaine, il y a eu, en 2016, 49,5 millions de tonnes équivalent CO2  émises (soit 10% des émissions nationales). Rapportées par habitant, elles s’élèvent à 8,3 tonnes équivalent CO2 par an dans la région. C’est au-dessus de la moyenne nationale qui est de 6,8 tonnes. Ces émissions sont à 67% issues de l’énergie, soit 33 millions de tonnes équivalent CO2 par an. Au niveau des secteurs, les transports de marchandises et déplacements de personnes représentent 39% de ces émissions, l’agriculture et la forêt 28%, le bâtiment 20% (résidentiel 12% et tertiaire 8%), l’industrie 11 % et le traitement des déchets 2%. 

Dominique Chevillon, président du CESER de Nouvelle-Aquitaine ; Bernard Goupy, rapporteur de la commission environnement ; Christine Jean, présidente de la commission environnementImpliquer les Néo-Aquitains

Pour que ces données changent, la région va devoir utiliser des outils qui tiendront un rôle clé dans le choix des politiques à suivre. Leur but, tenir les engagements d’une neutralité carbone d’ici 2050. Ces outils seront le Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité des Territoires (SRADETT) complété par la feuille de route Néo Terra adoptée le 9 juillet dernier en commission permanente de la région Nouvelle-Aquitaine. On trouvera également les deux instances créées dans ce but : Acclimaterra, un groupement d’experts scientifiques dont la mission est de comprendre et d’amener à anticiper le changement climatique dans la région ; le conseil permanent de la transition énergétique du climat (COPTEC) qui a en charge l’intégration de l’enjeu du climat dans toutes les politiques régionales et la co-construction des solutions avec l’ensemble des acteurs régionaux. Mais surtout il va falloir que les Néo-Aquitains changent de comportement. Pour cela, le CESER souhaiterait qu’il y ait un encadrement législatif pour inciter les personnes et les organisations à s’y intéresser. « La population va s’engager dans le  changement de leurs habitudes, si elle est accompagnée par la loi et les pouvoirs publics qui les inciteront à aller vers des comportements plus adaptés. L’implication des citoyens est un levier important dans l’objectif de neutralité carbone », résume Bernard Goupy, le rapporteur de la commission environnement. Il faut donc entrer dans une démarche pro-environnementale, pour que ça rentre dans les moeurs, dans l’éducation et que ça devienne presqu’automatique. Les habitants de la région vont être partie prenante de cette cause. 

Le CESER était dans l’incapacité, sur une si courte période, d’étudier l’ensemble des secteurs qui doivent s’investir dans la neutralité carbone. Le conseil a choisi de se pencher sur deux sujets essentiels : l’agriculture et la forêt. Ils sont essentiels pour atteindre l’objectif de la neutralité carbone.  « La Nouvelle-Aquitaine est la première région agricole de France et même d’Europe », rappelle Bernard Goupy, le rapporteur. Mais c’est surtout un secteur qui a une particularité. Il est à la fois un émetteur de GES (2e secteur le plus émetteur) mais il porte aussi un rôle conséquent dans le stockage du carbone dans les sols et la biomasse. La région est également la première forestière de France en valeur. Elle est très peu émettrice de GES. Mais surtout elle atténue les émissions en séquestrant le carbone. Le bois est également un matériau de substitution à des énergies fossiles telles que l’acier ou le béton qui sont plus polluants.

Les 5 propositions du CESER

Le CESER a mis en avant cinq propositions pour changer les modes de production et de consommation. Tout d’abord renforcer l’ensemble des politiques régionales au prisme de la neutralité carbone et plus généralement à celui de la transition écologique ; impulser une dynamique autour de la neutralité carbone dans les territoires : lutter contre l’étalement de l’urbanisation ; poursuivre les efforts de recherche, d’innovation et de connaissances ; susciter l’adhésion du plus grand nombre. 

Côté agriculture et alimentation

Autre proposition du CESER, jouer également sur les deux leviers que sont l’agriculture et l’alimentation. Elles peuvent permettre d’atténuer le changement climatique et ses effets. en premier lieu, l’agriculture doit s’inspirer des techniques d'agroécologie en préservant les ressources naturelles, en limitant les impacts sur l’environnement. Pour cela, il faut encourager les professionnels, les agriculteurs, les accompagner, les former, les informer pour qu’ils glissent vers ces pratiques plus soucieuses de l’environnement. Bien évidemment au niveau de la consommation, il faut promouvoir une alimentation ayant la meilleure empreinte carbone c’est-à-dire favoriser et promouvoir d’autres types de circuits de production (comme le circuit court, les démarches qualité telles que l’agriculture biologique, le label rouge, etc). Enfin, il faut également soutenir les approches territoriales et citoyennes avec un accompagnement du conseil régional sur les initiatives locales sur l’alimentation. 

Filière bois

Pour la filière bois, le CESER a également fait des propositions. Le rôle de la forêt sur le climat est indéniable. En Nouvelle-Aquitaine, l’État et la région ont demandé à la filière forêt-bois de s’engager d’un contrat faveur d’une croissance verte. Elle va devoir compenser d’une certaine manière les émissions régionales de CO2. Il faut pour cela une gestion adaptée aux territoires et aux spécifiés de leurs forêts. Puis encourager également la substitution énergie et produits en valorisant le bois comme moyen énergique et le bois-matériau, le bois-oeuvre, le bois-construction. Dans son rapport, le CESER préconise un accompagnement des forestiers vers la transition des surfaces. Les aides de la région pour la constitution de plans simples de gestion volontaire ou concertée, qui favoriseraient une gestion durable de parcelle, passeraient alors de 25 hectares à 4. Enfin, il faut favoriser les échanges autour de la forêt . Prendre la mesure de son rôle fondamental dans l’objectif zéro carbone. 

« Les enjeux sont clairs aujourd’hui pour atteindre les objectifs de la neutralité carbone. Nous sommes cependant partagés autour de la gravité et l’ampleur de la situation. Des changements sont nécessaires pour agir », conclut Bernard Goupy. Le CESER en éditant ce rapport s’inscrit en tant que contributeur actif à cette objectif de zéro carbone d’ici 2050. Bien sûr cela passera par la baisse des consommations d’énergie, la sortie des énergies fossiles, la réduction des émissions de gaz à effet de serre non énergétique de l’agriculture et de l’industrie, l’optimisation des puits de carbone, le changement de nos comportements, nos pratiques et nos modes de consommation.

Bien évidemment toutes les questions n’ont pas été abordées dans ce rapport. L’une des plus importantes comme l’eau a été éludée. Mais comme le souligne  Christine Jean, présidente de la commission environnement  : « L’eau est un sujet à part entière ». Sans nul doute l’un des prochains sujets étudiés par le CESER qui par ces rapports alerte et préconise pour que la société change ses habitudes parfois obsolètes. 

Julien Privat

Photo: Aqui.fr

Publié le 16/10/2019

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