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Environnement

Dans les Pyrénées, le lézard de Bonnal craint le réchauffement du climat

Le lézard de Bonnal, espèce endémique de l'ouest de la chaîne pyrénéenne

Il n'est pas besoin d'aller bien loin pour constater les conséquences du réchauffement climatique sur la biodiversité. C'est d'ailleurs tout le sens du programme scientifique Les Sentinelles du Climat, porté par l'association Cistude Nature, entourée par une quinzaine de structures partenaires. Ce programme, lancé en 2016 pour 6 ans, évalue les effets du changement climatique sur la biodiversité de la Nouvelle-Aquitaine, en s'appuyant sur une vingtaine d'espèces ou groupes d'espèces peu mobiles et réparties dans des écosystèmes sensibles de la région. Incapables de «fuir», ces sentinelles du climat sont sensibles aux modifications de leur environnement. Parmi elles, le lézard de Bonnal, endémique de l'ouest de la chaîne des Pyrénées concentre les inquiétudes des scientifiques.

Vous ne rencontrerez le lézard de Bonnal, Iberolacerta bonnali pour les plus pointilleux, nulle part ailleurs dans le monde que dans l'ouest des Pyrénées. Il est le plus montagnard des lézards de France, et il s'y trouve bien puisqu'il y vit depuis 4 millions d'années... Mais la quiétude de l'espèce pourrait ne pas durer en raison de la hausse des températures engendrée par la crise climatique. Depuis 2016, les scientifique du programme Les sentinelle du climat surveille l'espèce, et « les données sont inquiétantes », la menaces est donc bien réelles sur le lézard gris des Pyrénées.

Le risque de concurrence du lézard des murailles
Premier sujet d'alerte pour les scientifiques : le risque de concurrence du lézard des murailles, le plus commun des lézards. Présent partout en France en plaine, il s'observe jusqu'à environ 2000 m d'altitude, là où le lézard de Bonnel, présent dans les éboulis rocheux de montagne vit entre 1800 m et 3400 m. Une tranquillité d'apparence car avec la hausse des températures, le lézard des murailles « progresse par endroit de plusieurs dizaines de mètres en altitude et la haute montagne semble devenir favorable à cette espèce des milieux plus "tempérés" », remarque les scientifiques qui craignent une concurrence qui serait défavorable à l'espèce endémique.
En effet, depuis le début du programme, les naturalistes de Cistude Nature quantifient l'évolution des effectifs et de la répartition des 2 espèces en fonction de l'altitude. « Sur les 4 sites d'étude répartis entre la vallée d'Ossau et la vallée d'Aspe, 3 passages sont réalisés chaque année. Un site cristallise les inquiétudes : le lézard des murailles y a gagné plus de 80 m d'altitude en 2 ans. Un passage antérieur au début du programme porte même cette remontée à plus de 120 m depuis 2011. », détaille dans un communiqué les responsable du programme.

Des inquiétudes sur la reproduction
Autre suivi, autres données... et autre inquiétude possible. A mesure que les températures augmentent avec le changement climatique, les scientifiques craignent que le taux de reproduction du lézard de Bonnal diminue et que ses populations subissent des extinctions locales. « Le reptile est tributaire de la température de son environnement pour être actif, se nourrir et acquérir l'énergie nécessaire à la reproduction. On le considère ainsi comme inactif lorsque l'air est trop frais pour entrer en activité, ou à l'inverse lorsque les chaleurs sont trop fortes et qu'il se réfugie à l'ombre sous un rocher. »

A l'aide d'avatars de lézards et de sondes thermiques, les scientifiques de l'Université de Pau et Pays de l'Adour travaillent alors à définir sa période d'activité. Une fois cette donnée connue, les chercheurs seront à même de cartographier l'évolution de la répartition des populations du lézard de Bonnal à l'aide de travaux de modélisation. Manière aussi de savoir si face à ce réchauffement planétaire, le lézard des montagnes saura s'adapter ou disparaître...

Solène Méric

Photo: M. Berroneau - Cistude Nature

Publié le 10/08/2020

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