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Culture

Culture : un collectif pour rassurer les spectateurs sur Bordeaux Métropole

scènes ensemble 2020

La rentrée scolaire passée, c'est la rentrée culturelle qui se profile, avec toutes les incertitudes, notamment financières, que ces derniers mois ont amené. Comme un signal, six scènes labellisées de la métropole bordelaise ont choisi ce moment pour lancer officiellement un collectif, baptisé "scènes ensemble", qui décline 84 propositions culturelles sur quatre mois. Manifeste pour un retour dans les salles au moment où le soutien économique se compte en milliards, il est surtout le symbole d'une scène publique qui mise beaucoup sur les mois à venir pour retrouver quelques couleurs.

Jouer collectif. C'est, en deux mots et une métaphore sportive, l'objectif du collectif "Scènes Ensemble", lancé officiellement ce lundi 7 septembre. Né avant le confinement, la réflexion autour d'un regroupement sonne comme un appel au rassemblement dans un secteur confronté à de nombreuses annulations ou reports depuis le mois de mars. Les indicateurs des envies du public inquiètent plus que d'ordinaire, après un été de reprise plutôt timide. Une récente étude de l'agence de marketing "L'œil du public", réalisée début juin, affirmait que 46% des 1250 personnes interrogées prévoyaient de réduire le nombre de sorties culturelles tant que la crise sanitaire ne serait pas terminée. 

"Ni un superflu ni un luxe"

Les six scènes labellisées par le Ministère de la Culture de Bordeaux Métropole derrière ce collectif ne se découvrent pas, elles se sont déjà croisées au gré de différents partenariats artistiques. Mais le Carré Colonnes de Saint-Médard-en-Jalles, le Glob Théâtre, la Manufacture, l'Opéra National de Bordeaux, le théâtre des Quatre Saisons de Gradignan et le TnBA veulent avant tout rassurer et ouvrir grand les portes, il est vrai, pour tenter de rattraper à une situation financière préoccupante. Mais pas seulement. Elles invitent aussi à un esprit de "résistance". "Nous sommes plus souvent en concurrence qu'en collaboration", affirme ainsi la directrice du TnBA, Catherine Marnas, qui justifie le contexte du lancement de rentrée par "l'air de l'époque. Depuis quelques mois, on vit avec le regard au sol. Cette petite musique des indicateurs COVID et cette ambiance mortifère nous gagnent tous. On veut essayer d'ouvrir la fenêtre". "On voulait rappeler à tous que l'accès à la culture est un droit et que c'est un enjeu de société fondamental. Nos activités ne sont ni un superflu ni un luxe, nous représentons près de 400 000 spectateurs par an", abonde Olivier Lombardie, administrateur général de l'Opéra National de Bordeaux. 

Ce soutien au spectacle passera donc par une programmation toujours spécifique à chaque établissement mais regroupée au sein d'un seul fascicule (réalisé en partenariat avec Junk Page), qui sera disponible dans les six établissements partenaires. Le public pourra y découvrir quatre mois de programmes, 84 spectacles en tout avec de nombreuses disciplines : théâtre, danse, musique, opéra, cirque, marionnette... Le tout, évidemment, avec des conditions sanitaires adaptées. Le 26 août dernier, le Premier ministre Jean Castex annonçait de nouvelles mesures concernant le monde de la culture, notamment concernant la doctrine, légèrement modifiée, de la distanciation. "Nous sommes un théâtre numéroté, il va falloir que les spectateurs soient très patients et compréhensifs parce qu'on va respecter très scrupuleusement les normes de sécurité. Il faut que ces 50% soient plein et malgré ça, on sait qu'il y aura des pertes", affirme Catherine Marnas, évoquant la question de la jauge (la Gironde étant toujours en zone rouge comme 27 autres départements français) qui inquiétait récemment le directeur du Théâtre des Beaux-Arts à Bordeaux.

Question de jauges

Récemment, le gouvernement a annoncé un soutien de deux milliards d'euros au monde culturel dont 426 millions d'euros dédiés au spectacle vivant (privé et subventionné) et aux arts visuels, seconde enveloppe derrière celle dédiée aux musées et au patrimoine (614 millions). D'après une étude du ministère de la Culture parue début juillet, le secteur de la culture devrait perdre 22,3 milliards d'euros et le chiffre d'affaires devrait accuser une baisse moyenne de 25% en 2020 par rapport à 2019. "L'effet sera le plus important sur le secteur du spectacle vivant (-72 %), du patrimoine (-36 %), des arts visuels (-31 %) et de l'architecture (-28 %)", poursuit l'étude. Encourager le public à retourner dans les salles est donc, on l'a compris, hautement stratégique pour ces dernières. Si le collectif est encore naissant, il ne s'interdit pas, à l'avenir, de proposer de nouvelles idées de collaboration. Admettant avoir réfléchi à l'épineuse question d'une billetterie commune, les six affirment d'une même voix que cela pourrait faire partie des objectifs. Pas question, en revanche, de se regrouper juridiquement. "On ne voulait pas créer une superstructure en plus parce que ça risquait d'embrouiller les gens", souligne Stephan Lauret, directeur de la Manufacture (Centre de Développement chorégraphique national Nouvelle-Aquitaine). 

Le Covid, en revanche, ne révolutionne pas tout. Même si la situation financière s'est dégradée pour les scènes subventionnées comme pour les autres, un récent avis de la Chambre Régionale des Comptes rendu en juillet au sujet du TnBA statuait sur un établissement "très tributaire de l’implication de L’État et des collectivités territoriales" dans son financement, représenté à 75% par des subventions publiques (1,9 millions d'euros de l'État, 1,5 millions de la ville de Bordeaux, 400 000 euros de la région et 15 000 du Conseil départemental de la Gironde, une "fragilité" pas vraiment nouvelle. "Ce rapport est plein de contradictions. On nous demande de faire plus de séries et de faire des économies en même temps", commente la directrice du théâtre.

Parmi les huit recommandations formulées par les experts, on trouve notamment une revalorisation de la politique tarifaire. Autrement dit : augmenter le prix de l'abonnement. Une mesure dont elle ne veut pas entendre parler. "Si on reçoit de l'aide de l'État, c'est justement pour permettre l'accès à tous. Ce serait terrible si on augmentait les tarifs, ça voudrait dire que seuls les plus aisés peuvent bénéficier de la culture. Par contre, ce qui est formidable, c'est la solidarité de certains qui avaient plus de moyens que d'autres et n'ont pas demandé le remboursement de leurs places". La solidarité individuelle, oui, la hausse collective, non. C'est sans doute dans les spectacles programmés que le pari osé du public et l'importance du poids pesant sur ses épaules s'illustrent le mieux. Au TnBA et au Carré, le jeudi 8 octobre, deux spectacles se croisent. Le premier s'appelle "La Gioia" (joie en italien), le second "Crépuscule". Quant-à-celui qu'il faut aller voir ou non, on laissera le public trancher...

Romain Béteille

Photo: RB

Publié le 07/09/2020

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