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Agriculture

De la plante à l'hydrolat, l'agriculture dans le respect du vivant chez Anne Fichet à Saint-Savinien (17)

Anne Fichet au milieu de ses fleurs

L’odeur du basilic embaume l’atmosphère. En cet après-midi d’été, Anne Fichet distille des feuilles de basilic dans un petit alambic. Le processus rappelle celui des spiritueux, à la différence qu’il n’y a qu’un seul tour de chauffe. Une fine couche huileuse commence à apparaître à la surface du distillat. C’est l’huile essentielle. Un peu comme la fleur de sel dans les marais, elle se récolte en surface, en fin de chauffe. Il faut 9 kg de basilic pour obtenir 5 ml d’huile essentielle. Le reste de la distillation sera conditionné en flacons d’hydrolats, à usage alimentaire ou cosmétique.

Les plantes, Anne est tombée dedans quand elle était étudiante. « C’est une rencontre avec un herboriste qui a tout déclenchée », raconte cette fille d’agriculteur deux-sévrien. « J’étais en master Valorisation du patrimoine lorsque j’ai rencontré Thierry Thevenin. J’ai eu un déclic dans son jardin. Jamais je n’aurais imaginé qu’on puisse cultiver une telle diversité de plantes ! Et puis, j’ai été fascinée par tous les bocaux qui remplissaient sa cuisine. Je me suis dit que j’aimerais beaucoup faire ça ».

Anne termine pourtant son master et devient animatrice nature dans une association environnementale de Charente-Maritime. Son intérêt pour les végétaux ne la quitte pas. Dans son secteur d’activités, elle se spécialise dans les plantes sauvages du territoire. « En parallèle, j’ai commencé à cultiver des plantes chez moi, puis à installer un petit séchoir dans mon placard… » se souvient-elle avec amusement.

Elle saute le pas en 2012. Elle se forme auprès du lycée agricole de Melle (79) et de la MFR de Chauvigny (86), avec une spécialisation en transformation des plantes. « Mon objectif a toujours été la transformation et la vente de ma production. J’avais notamment besoin de garder le contact humain que j’avais dans mon ancien métier », explique la trentenaire. L’aspect « petit chimiste » l’attire aussi. « Le côté technique de la méthode de séchage et de transformation me plaisait beaucoup : à l’abri de la lumière, à basse température… Ce qui permet de garder les molécules du végétal. J’aimais cette idée de travailler dans le respect de la plante ».

La distillationAnne devant son alambic. Pour  9 kg de basilic, elle obtient 9 litres d’eau florale et 5 ml d'huile essentielle.

Aujourd’hui, cette attention au vivant se traduit jusque dans sa conduite de culture. Sans pesticide et dans la préservation du biotope. « Comme on est proche des variétés sauvages, il faut reproduire les conditions du milieu d’origine, penser en termes de conditions d’environnement, pour qu’elles se développent au mieux », explique l’agricultrice. La récolte est soumise aux mêmes exigences. « Le taux d’huile essentielle dans la plante varie au cours d’une journée quand elle est en terre, la cueillette doit donc respecter son rythme biologique ». Cette dernière se fait d’ailleurs à la main. « On peut tout à fait la faire de façon mécanique, mais la qualité finale ne sera pas la même », précise Anne. Ici, même les mauvaises herbes sont enlevées manuellement, à la binette ou à l’aide d’une houe. Son petit tracteur intervient uniquement sur la préparation des sols.

Des recettes originales

Grâce aux conditions climatiques de la région, Anne récolte ses plantes d’avril à octobre. En été, la cueillette se fait souvent le matin, une fois la rosée évaporée. La saison froide est dédiée à la commercialisation, à l’administratif et aux petits travaux.  « L’avantage de ce type de culture, c’est qu’on travaille essentiellement avec des vivaces. Contrairement au maraîchage, on n’a pas besoin de réimplanter sa culture tous les ans », apprécie la jeune femme. L’hiver est également propice à la création de nouveautés. En plus de ses huiles essentielles et de ses eaux florales, Anne a développé toute une gamme d’infusions. Elle y marrie à l’envie la cinquantaine de variétés de son « jardin ». Elle y associe parfois quelques plantes sauvages (frêne, sureau, aubépine…), glanées dans les alentours de Saint-Savinien. « En dehors de la Tisane des Centenaires qui est une recette ancestrale, ce sont toutes des compositions originales auxquelles j’ai réfléchi avant de m’installer. Quand j’en crée une nouvelle, je pense autant aux propriétés des plantes qu’au côté gustatif. Je n’oublie jamais que je travaille pour l’alimentaire, donc j’amène toujours du goût et de la couleur », explique-t-elle.
Chaque préparation porte un nom rigolo ou poétique : « La peau du ventre bien tendue », « le moral dans les violettes », « Clair de Lune », « Soleil levant », « Eros »… Cette imagination là, Anne la doit en partie à la famille et aux copains, cobayes joyeusement consentants de ses créations.

ArrosageLors de son installation, Anne a beneficié de la dotation jeune agriculteur (DJA) et d'une aide à l’investissement de France Agrimer pour l’achat de materiel. 

Son réseau de commercialisation s’est monté petit à petit. « Les premières années, j’ai fait beaucoup de marchés pour me faire connaître. Puis j’ai lâché progressivement pour me concentrer sur les magasins », raconte-t-elle. Le réseau du GAB17, qui accompagne les producteurs d’herbes aromatiques et médicinales, l’a également bien aidé. Ses produits sont aujourd’hui commercialisés dans une dizaine de magasins bio, de groupements de producteurs, de réseaux d’achats groupés de consommateurs et d’Amap de Charente-Maritime. Elle complète ses revenus avec un peu de vente en ligne et en directe à la ferme le mercredi après-midi. Les plantes à succès restent les classiques thym, tilleul, menthe, verveine citronnée… Son prochain projet? Contribuer, avec le GAB17, à monter un réseau de commercialisation mutualisé avec plusieurs producteurs herboristes.

Au bout de sept ans d’activités, Anne se sent arrivée « au bout de sa capacité de travail », en termes d’horaires et de productivité. Depuis l’acquisition de ses 1,20 hectares de terre, trouvé sur le Bon Coin, l’agricultrice a récupéré une autre parcelle mais ne compte pas s’agrandir davantage.  « Si j’investis dans un autre terrain, ce sera pour faire faire des rotations à mes vivaces ». Actuellement, elle ambitionne plutôt de « gagner en efficacité technique sur la gestuelle pour maximiser la production ».  Quitte à cesser la culture des plantes les moins rentables. Elle peut se le permettre : le confinement a augmenté une demande déjà forte. « En avril, tous les magasins m’ont commandé le double de d’habitude ! » se souvient-elle. Le phénomène ne semble pas s’étioler avec le temps. « Nous sommes plusieurs sur ce secteur d’activités en Charente-Maritime et pourtant nous ne sommes plus assez nombreux pour répondre à toute la demande ». Elle-même contribue aujourd’hui à former la prochaine génération d’herboristes, en prenant régulièrement stagiaires et apprentis.  

Sechage et triAprès le séchage, le tri. Une tâche chronophage dans laquelle Anne est épaulée par les stagiaires qu'elle prend régulièrement en formation.


Découvrir l'exploitation d'Anne Fichet, Aux Graines Buissonnières

En plus de la vente directe le mercredi après-midi, Anne organise une porte ouverte à la ferme le samedi 12 septembre de 10h à 18h. Un cheminement permet de découvrir le jardin, avec des panneaux explicatifs. Les stands d’une trentaine de producteurs et d’artisans du territoire sont à découvrir au gré de son avancée, ainsi qu’un espace bien-être.  Adresse : 7, chemin des Poiriers Caillas, La Poussardière, 17350 Saint Savinien Tel. 0640412793. E-mail : auxgrainesbuissonnieres@gmail.com

Anne-Lise Durif

Photo: Anne-Lise Durif

Publié le 11/09/2020

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