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Agriculture

Haute-Vienne : Les producteurs de marrons châtaignes alertent le préfet

La variété hybride Marigoule est particulièrement sensible aux attaques de cynips.

Après dix ans de relance des plantations, la surface de la châtaigneraie a été multipliée par dix en Haute-Vienne passant de 50 à 500 hectares. Cependant, des enjeux majeurs sont à relever par les castanéiculteurs, que ce soit la transformation de la production, la lutte contre le cynips et le chancre de l‘écorce ainsi que la relance de la consommation sous toutes ses formes. Des messages que le syndicat des producteurs marrons-châtaignes et petits fruits du Limousin ont passé, hier, au préfet du département.

C’est au cœur de l’exploitation d’Emmanuel Rabaud, président du syndicat des producteurs de marrons et châtaignes, que le préfet du département Seymour Morsy, le président du Conseil départemental Jean-Claude Leblois et le député Pierre Venteau ont écouté les doléances de toute une profession.
Installé à La Roche L’Abeille, il a commencé à planter son verger de châtaigniers en 2008 sur 4,5 ha. Aujourd’hui, il s’étend sur 20 ha complétés par 10 ha de noisetiers, le tout en agriculture bio. « Notre filière est modeste mais elle ne manque pas de dynamisme et de potentiel si toutefois un certain nombre de freins notamment sanitaires et de sujets inquiétants sont résolus dans un délai rapide a-t-il déclaré. Lorsque j’ai commencé à planter on m’avait dit que tous les problèmes seraient résolus grâce à la recherche mais, dix ans après, les problèmes persistent et de nouveaux sont apparus d’où l’importance d’alerter les élus et les représentant de l’État. »

 

Le préfet Seymour Morsy a visité le verger d’Emmanuel Rabaud,  président du syndicat des marrons châtaignes du Limousin

 

Des variétés hybrides performantes

 La châtaigne reste le fruit emblématique du département et de l’ex région Limousin, l’arbre à pain a nourri des générations d’habitants. Au XVIIIème siècle, la châtaigneraie occupait un tiers des surfaces, le déclin a débuté au siècle suivant avec l’introduction de la pomme de terre, la maladie de l’encre et l’abatage des vergers pour les besoins en tanins des papeteries locales. De nouvelles variétés hybrides résistantes à l’encre, produites par la station expérimentale INRA de Migoule près de Brive-la-Gaillarde, ont été plantées au début du XXème siècle. Le verger du Sud-Ouest a pu renaître avec des variétés toujours cultivées comme la Précoce Migoule, la Marigoule et la Bouche de Bétizac.

Un premier syndicat de producteurs a vu le jour en 1970 pour la plantation de vergers en Marigoule. La création de la coopérative Limdor à Saint-Yrieix, à l’initiative des castanéiculteurs, a renforcé la filière de même que le lancement de sa station de collecte en 2009 avant la relance du syndicat l’année d’après. Au cours de la dernière décennie, la dynamique de plantation a repris, le verger limousin est passé de 50 ha à 500 ha. Aujourd’hui, 2.000 ha de châtaigniers sont cultivés dans le Sud-Ouest dont la moitié en agriculture bio avec une progression de 31 % en cinq ans en Nouvelle-Aquitaine.

Certes, la relance de la filière châtaigne en Haute-Vienne et du syndicat ont créé une dynamique mais aujourd’hui, l’objectif premier est la professionnalisation des vergers et la mécanisation de la récolte. Grâce au salon biennal Tech-Châtaigne, lancé en 2014 à Saint-Yrieix-la-Perche, les producteurs découvrent de nouveaux équipements mécanisés. Actuellement, 80% de la récolte est assurée par seulement 20 % des castanéiculteurs.

 

En dix ans, le verger de Haute-Vienne est passé de 50 ha à 500 ha

La menace du cynips

Un autre enjeu majeur et immédiat préoccupe les professionnels à savoir, la question sanitaire en lien avec le réchauffement climatique. « Nous avons besoin de sécuriser notre production et la qualité de nos fruits mis en marché a martelé le président, pour cela, la mobilisation des programmes d’innovation recherche développement est indispensable bien qu’à la peine et difficiles d’accès pour cette filière modeste. »

Afin de lutter contre le cynips, une guêpe arrivée de Chine qui a fortement contaminé le secteur de Saint-Yrieix, le syndicat national puis l’Union interprofessionnelle châtaigne Sud-Ouest ont favorisé l’introduction d’un prédateur, à savoir le torymus sinensis dont les larves s’en nourrissent. « Environ 70 % des vergers du Limousin sont en Marigoule et cette variété est très sensible au cynips précise Emmanuel Rabaud, malgré cette lutte bio-intégrée mi curative, mi-préventive, l’avenir est très inquiétant. » Les arbres sont aussi attaqués par le chancre de l’écorce, un moyen de lutte existe mais il ne dispose pas d’autorisation de mise sur le marché. Quant aux fruits, 30 à 40 % de la récolte 2018 a pourri à cause du gnomoniopis castanea, sans moyen de lutte actuellement, du carpocapse malgré des auxiliaires de lutte biologique peu développés et du balanin, responsables des châtaignes véreuses.

Enfin, les changements climatiques récents sont également préjudiciables pour les vergers avec des périodes de gels tardifs au printemps et des étés caniculaires et très secs qui fragilisent les arbres avec des conséquences sur la qualité lors de la récolte des fruits lorsque la température grimpe à 30°. « Le choc est devant nous et on s’attend à une baisse de production dans les prochaines années prévient le président, il faut que le Ministère de l’Agriculture dégage des enveloppes dédiées à la recherche. De plus, la question de l’irrigation va se poser et il nous faudra des leviers financiers importants. »

 Développer la transformation

En dépit d’un contexte sanitaire et climatique préoccupant, le syndicat compte sur la relance de la consommation pour développer la filière et conforter la rémunération des producteurs. Le marché français est estimé à 5 000 tonnes de châtaignes fraîches consommées en automne, essentiellement des gros calibres, 3 000 tonnes sont exportées et 6 700 importées, avec de plus en plus de fruits de petits et moyens calibres valorisés en conserves, confitures, confiseries et farine.

En Haute-Vienne, le syndicat mise sur le GIEE Chastanha, un collectif de sept castanéiculteurs du Sud du département qui veut développer et sécuriser les vergers en s’appuyant sur l’agroforesterie, afin d’accélérer la montée en compétences des producteurs, de professionnaliser la conduite des vergers, de travailler sur l’irrigation et d’initier un débat sur la transformation des châtaignes par les producteurs. Le syndicat fonde aussi des espoirs dans la prochaine édition du salon professionnel Tech-Châtaigne en 2021 (celui de 2020 étant annulé) qui doit accueillir 50 exposants avec des démonstrations d’équipements et des conférences techniques ainsi que sur le congrès européen technique Eurocastanea qui aura lieu entre Saint-Yrieix et Uzerche. Ce rendez-vous créé voilà dix ans à l’initiative des producteurs français permet d’éditer un livre blanc pour développer un programme commun de relance de la filière en Europe.
De plus, l’Union interprofessionnelle Sud-Ouest a initié plusieurs projets notamment la défense du Label rouge « marron », le développement de vergers avec la variété Bellefer, idéale pour le marché de la transformation, la coordination de projets sur les problématiques sanitaires ou encore une étude sur le positionnement AB de la châtaigne en collaboration avec Interbio Nouvelle-Aquitaine. Son président Bertrand Guérin a alerté le représentant de l’État sur la ressource en eau et la nécessité de développer ce marché de niche. « Alors que la production en France s’est effondrée, la consommation de châtaignes est stable et elle progresse en les transformant. Nous avons une fenêtre de tir intéressante mais il nous manque deux choses, pour faire face aux changements climatiques, il nous faut la maîtrise de l’eau, créer des ressources en stockant quand il pleut. Par ailleurs, le retour sur production et investissement est lent, il faut compter plusieurs années. Dans le cadre du Plan France Relance, je demande s’il serait possible d’inclure un dispositif d’accompagnement des nouvelles plantations. Il y avait bien des aides de France-Agrimer, l’enveloppe s’est étiolée, les critères d’obtention étant de plus en plus rigoureux, plus personne n’accède à ce dispositif. C’est donc l’occasion de remettre des moyens financiers. »

Interpellé sur ces deux points, le préfet Seymour Morsy a apporté des éléments de réponse. « Nous avons commencé à travailler avec les acteurs concernés sur la question de l‘eau et dès que nous aurons un plan stratégique cohérent, nous pourrons être soutenus par le gouvernement pour aller de l’avant que ce soit pour l’eau qu’on ira chercher ou celle que l’on gardera. Tous les partenaires sauront à ce moment là parler d’une seule et même voix. » Il souhaiterait également organiser une rencontre avec l’INRA pour faire le point sur les questions qui préoccupent les professionnels. Quant au Plan France Relance, le Ministre de l’agriculture devrait annoncer un dispositif d’aides plus avantageux. Pour sa part, le Département a rappelé qu’une convention a été signée dernièrement avec le comité de bassin Loire-Bretagne pour établir un diagnostic sur la ressource en eau « l’un des premiers problèmes à régler » a souligné Jean-Claude Leblois, son président.

Corinne Mérigaud

Photo: Corinne Mérigaud

Publié le 28/10/2020

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