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Culture

L'Actualité du Roman Noir : La République des faibles

Gwenael Bulteau : La République des faibles- Manufacture de Livres – février 2021- 363 pages- 19,9€

C’est une plongée dans les entrailles de la IIIe République. Ce roman noir historique se passe à Lyon, au temps de l’affaire Dreyfus, pendant l’hiver 1898. La découverte d’un cadavre d’enfant par un chiffonnier de la Croix Rousse déclenche une enquête dont les ramifications ne cesseront de s’étendre, semblable à un remous maléfique dont le cercle s’élargirait dans une eau de plus en plus trouble.

On y voit des policiers enquêteurs- la police criminelle n’en est encore qu’à ses balbutiements- dont le professionnalisme est souvent bousculé par les « vices » de l’époque : alcoolisme, brutalité des interrogatoires de suspects, prégnance de l’anti- sémitisme ; les investigations de ces messieurs se mélangent souvent avec leurs affaires de cœur. On y distingue la misère crue des familles prolétaires, sombres tableaux qui évoquent Dickens et Zola. On y mesure, près de trente ans après, la profonde blessure patriotique de la défaite de 1870 et son cortège de désastres toujours présents, et aussi la force de l’anarchisme politique. De ce monde de la chair triste, de la chair malmenée, de la maternité désirée et souvent contrariée, de la filiation, des enfants violentés, l’auteur réussit un tableau lucide et vigoureux, porté par une prose directe et sèche. Illustration aussi sévère qu’attachante d’une époque où est-il regretté, « grâce à l’État de droit, la république s’enorgueillissait de protéger les faibles, surtout les enfants, et de les aider en cas de malheur. Il s’agissait de leur donner une chance de s’en sortir malgré un mauvais départ dans la vie. Ici tout le contraire... Dans cette république dévoyée, les faibles buvaient le calice jusqu’à la lie. » Et, histoire d’enfoncer le clou, on retiendra ce dialogue final entre le commissaire et la veuve d’un policier : « Avez-vous déjà entendu parler de la république des faibles, demanda le commissaire au bout d’un moment. Comme tout le monde, répondit-elle en se retournant. C’est une belle idée de mettre le droit au service des individus sans défense. Malheureusement, et croyez en ma longue expérience de femme, cette conception n’a jamais été d’actualité. »

Bernard Daguerre

Photo: La Machine à Lire

Publié le 10/02/2021

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