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Politique

LEGISLATIVES - Didier Quentin (LR), battu dès le premier tour: la fin d'un grand chapitre

Didier Quentin, député sortant LR battu dès le premier tour des élections législatives 2022

Député sortant Les Républicains de la cinquième circonscription de Charente-Maritime, Didier Quentin est éliminé dès le premier tour, après cinq mandats. Malgré son ancrage local et sa longue expérience de l’Assemblée nationale. La dilution de son parti et sans doute une usure de son électorat auront eu raison de son sens aigu de l’Etat et du service public. Philosophe, il livre quelques confidences et des souvenirs marquants.

@qui! : Quel est votre sentiment après cette défaite, vous qui étiez député depuis 1997 ?

Didier Quentin : « Le déshonneur n’est pas d’être battu mais de ne pas se battre ». Je ne ressens aucune amertume, une page se tourne, un chapitre se clôt. J’ai consacré 25 ans à ce beau territoire que j’affectionne et à ses habitants, tout en défendant les valeurs du gaullisme.

Il faut savoir rebondir : je vais prendre de nouveaux engagements associatifs par exemple dans le collectif Nemo (Non à l’éolien marin à Oléron). Je vais me consacrer un peu plus à ma famille et comme le Candide de Voltaire, « je vais cultiver mon jardin ».

 

@! : Quels sont les grands souvenirs que vous garderez de votre longue expérience de député ?

D.Q.: J’en ai beaucoup, dont peut-être le premier combat que j’ai mené pour la reconnaissance d’un statut professionnel pour les conjointes et épouses d’ostréiculteurs. Puis il y a eu les grands combats locaux comme celui contre le terminal méthanier, puis contre l’usine d’extraction de granulats.

Au national, les souvenirs sont multiples également : des débats houleux sur les questions budgétaires avec Dominique Strauss Khan notamment, puis aussi avec Jérôme Cahuzac qui est un homme brillant. Sur les sujets de société, je me rappelle le débat sur le PACS. Nous étions en minorité, c’est l’élu Vert Yves Cochet, qui nous a présenté le projet de loi. C’était un vendredi et le groupe des députés de droite où je siégeais devait partir à Menton dans les Alpes Maritimes pour un séminaire national. Nous avons voté contre, ce qui n’était pas une très bonne idée.

J’ai assisté à une scène émouvante et triste que je garderai toujours en mémoire quand Michel Crépeau a fait son malaise dans l’hémicycle. Il est décédé quatre ou cinq jours après. A l’époque, il n’y avait pas de défibrillateur à l’Assemblée nationale alors qu'il y en avait au Sénat. Aujourd'hui, l'Assemblée Nationale en est équipée. 

 

@! : Que pensez-vous de la dilution de votre parti Les Républicains ?

D.Q.: Je viens juste de raccrocher avec Laurent Wauquiez et nous parlions justement de cela. C’est un garçon que j’aime bien. J’étais assis à côté de lui dans l’hémicycle. Il a l’un des plus beaux palmarès universitaire des députés, qui fait honneur à cette fonction. Je crains qu’il n’y ait une dégradation représentative à l’avenir.

Sur les trente dernières années, les élus ont perdu le sens aigu de l’Etat et du service public. C’est le triomphe du fric. Je trouve qu’il y a un « abêtissement » du parlement. Je déplore surtout son rôle de plus en plus effacé. J’ai trouvé désolant l’annonce d'Emmanuel Macron la semaine dernière de créer un Conseil national de la refondation, dont les membres seront tirés au sort et non pas élus. Cela raconte beaucoup de choses sur notre époque.

Pour faire fonctionner la démocratie, il faut des connaissances. Malraux disait « Je me méfie des messieurs Je sais tout, mais je me méfie encore plus des messieurs qui ne savent rien ». Il y a aujourd’hui un nivellement par le bas. On ne laisse plus de place au débat démocratique, à la réflexion, à l’échange d’idées. Le Parti Communiste a sa grande époque avait créé l’Ecole du Parti, c’était un lieu d’endoctrinement certes, mais c’était aussi un lieu d’instruction et de culture civiques.

 

@! : Que pensez-vous du bon score que réalise la candidate du Rassemblement Nationale sur votre circonscription ?

D.Q.: Je l’avais battu lors des élections précédentes. Je ne l’ai jamais accusé d’être une « facho », comme dit Mélenchon « ce ne sont pas des fachos, mais des fachés » et c’est particulièrement vrai dans les zones rurales qui ont été peu à peu abandonnées par l’Etat. Néanmoins, je crains le vote « bras d’honneur » car le programme de Mme Le Pen mettrait la France dans les plus grandes difficultés, surtout d’un point de vue économique. Nous serions au ban de l’Europe avec des déficits considérables.

Quant à Mélenchon, c’est un Chavez Gaulois.

Je me suis toujours rallié à un gaullisme social, c’est ce que j’ai toujours défendu. Il faut absolument lutter contre les inégalités. Il n’est pas normal que neuf millions de Français soient sous le seuil de pauvreté aujourd’hui quand un Bernard Arnault compte l’augmentation de son salaire annuel en millions d’euros. Cela n’a pas de sens. Cela démontre qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne plus dans notre pays.

 

@! : Selon vous, qu’est ce qui caractérise le rôle de député tel que vous l’avez expérimenté ?

D.Q.: Le rôle du député est d’être à l’écoute des gens de son territoire, un assistant social pour les aider face à ce que j’appelle la « bureaucrassie avec deux s ». Aimé Césaire disait « je suis la bouche des malheurs de ceux qui n’ont pas de bouche » et bien un député doit tenir ce rôle.

 

L'info en +

En Nouvelle Aquitaine, six députés sortants qui se représentaient ont été battus dès le soir du premier tour. Il s'agit de Jerôme Lambert (divers gauche) en Charente, Guillaume Chiche (divers centre), en Deux Sevres, Olivier Damaisin (Ensemble) en Lot et Garonne,  Jean-Michel Clément (divers gauche) dans la Vienne, Christophe Jerretie (Ensemble) en Corrèze et Didier Quentin (Les Républicains) en Charente-Maritime. 

Virginie Valadas

Photo: DR

Publié le 16/06/2022

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