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Politique

Au moment de financer la LGV vers Toulouse et Dax, l’Europe hésite à payer

TGV en gare de Bordeaux Saint-Jean

Le jour même où l’Etat annonce le prolongement de l’historique train de nuit Paris-Tarbes-Lourdes, jusqu’à Biarritz et Hendaye pour les mois de juillet et aout, on apprend aussi que le projet d’extension de la LGV vers Dax et Toulouse subit un coup de frein. Le Grand projet Sud Ouest (GPSO) repose sur un budget colossal auquel l’Europe doit contribuer à hauteur de 20% soit 14 milliards d’euros. Mais le projet n’est, pour le moment, pas retenu par Bruxelles qui veut privilégier la modernisation des lignes existantes plus utiles à la mobilité quotidienne. En Nouvelle-Aquitaine, les anti LGV semblent avoir trouver un allié de poids. A l’inverse, le représentant de l’Etat en charge du dossier et le président de la région ne lisent dans cette péripétie, qu’un aléa dans le calendrier.

 L’eurodéputée des Hauts de France et présidente de la commission transports du Parlement européen, Karima Delli, l’a confirmé mercredi : « Nous ne financerons pas le projet de lignes à grande vitesse Bordeaux Toulouse et Bordeaux-Espagne. C’est un projet coûteux impopulaire et qui présente peu d’avantages. Nous préférons privilégier la modernisation des lignes existantes », déclare la parlementaire en faisant tomber comme un couperet sur le projet cher à la présidente de la région Occitanie, Carole Delga et au président de la région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset.

Depuis un an ces derniers ont battu le rappel des intercommunalités et départements, pour monter rapidement un plan de financement annoncé à 14 milliards d’euros. Devant la frilosité de certains collectivités à s’engager financièrement, la région Nouvelle Aquitaine a même revu sa participation à la hausse.

"Arrêter un projet inutile et destructeur"

Nouvel épisode dans un feuilleton qui s’annonce riche en rebondissements, voilà l’Europe qui fait défaut, en écartant le projet de son appel à projets pour le mécanisme pour l’interconnexion du mois de juin. Ce qui soulève un vent d’enthousiasme chez les opposants au projet. Pierre Hurmic, le maire écologiste de Bordeaux ne boude pas son plaisir : « L’Etat doit aujourd’hui prendre acte qu’il faut arrêter ce grand projet inutile et destructeur de la biodiversité. Un nouvel appel à projets sera lancé en septembre prochain. Il est encore temps de préparer, avec l’ensemble des collectivités, une candidature alternative au GPSO pour la modernisation des lignes existantes. »

Pierre Hurmic voit dans cette solution la sauvegarde de 4830 ha d’espaces naturels, agricoles et viticoles, un maillage plus équilibré entre les territoires ruraux et les territoires urbains, la suppression des bouchons ferroviaires au nord de Toulouse et au sud de Bordeaux et des trains circulant à 250 km/h, tandis que l’Espagne met également à niveau ses trains circulant vers la frontière française, d’ici 2027.     

« Cette modernisation permettra de donner enfin la priorité aux trains du quotidien et au fret ferroviaire après des années de Tout TGV. Une alternative deux fois moins coûteuse, plus responsable, plus réaliste, plus respectueuse de nos territoires,» affirme Pierre Hurmic.

"Le financement déjà bancal, devient intenable" 

Le groupe des élus écologistes au Conseil régional, présidé par le député Nicolas Thierry, craint que les 2,8 milliards qui manquent au budget GPSO après désengagement de l’Europe, ne retombent sur les épaules des collectivités locales. « Sans ces recettes, le plan de financement déjà bancal, devient intenable et encore plus ruineux pour les collectivités territoriales. Il faut se rendre à l’évidence et abandonner ce projet, » insiste Nicolas Thierry. Sa collègue, la conseillère régionale Christine Séguineau, membre de la commission transport, pense pour sa part, qu’en choisissant la rénovation des lignes existantes « nous pouvons éviter un désastre écologique et améliorer les transports du quotidien pour tous. »

 

Jean-Luc Gleyze, président du conseil départemental de la Gironde, renchérit. «C’est une sortie de rails inédite que provoque la Commission Européenne pour ces projets. Elle reconnaît la pertinence de travailler plutôt sur l'aménagement des lignes existantes, moins impactantes sur le plan environnemental et plus utiles aux déplacements quotidiens des habitants. Et si les trains roulent à 250 km/h au lieu de 360 km/h, (à 18 millions d’euros le prix de la minute gagnée par le TGV!) c'est aussi un gain d'argent public conséquent, qu’il vaut mieux utiliser au bénéfice de l’hôpital public ou l’Education Nationale! »

La Gironde revendique ses investissements pour les lignes de proximité comme Macau/Le Verdon, le Blayais, ou le Réolais en complément de Langon.

 "Un résultat qui ne préjuge en rien de la suite"

Le préfet d’Occitanie Etienne Guyot, nommé Monsieur GPSO par Jean Castex, a une toute autre lecture des conséquences du refus européen. « Le résultat de l'appel à projet 2021 ne préjuge en rien de la suite qui sera réservée aux demandes de subvention européenne à venir pour le projet ferroviaire du Grand Sud Ouest. » Il évoque le professeur Carlo Secchi, coordinateur pour l'Union européenne du corridor Atlantique qui a déclaré « particulièrement indispensable » le projet GPSO. Pour le haut-fonctionnaire, le projet franchira une étape majeure, le lundi 4 juillet avec la réunion d'installation de la société du GPSO. « L’État reste pleinement mobilisé aux côtés des collectivités, afin de faire aboutir ce projet majeur pour les mobilités du quotidien et le développement du territoire. »

Tandis que le président de la région Nouvelle Aquitaine, Alain Rousset, prend acte de la décision européenne, mais ne doute pas de l’engagement de Bruxelles en faveur du GPSO. Le refus exprimé cette semaine, n’est selon lui, qu’une question de timing.  «Dans de tels projets d’envergure, il faut respecter chaque étape. Dans cet esprit, l’ensemble des collectivités parties prenantes du projet continuent d’avancer pas à pas, à commencer par l’installation du conseil de surveillance de GPSO lundi prochain, la poursuite de la phase d’études et d’acquisitions foncières.L’Union européenne fait le choix de financer les projets qui sont en phases très opérationnelles, et pour lesquels les crédits européens sont déterminants pour pouvoir être poursuivis. Le contexte budgétaire a d’ailleurs conduit la Commission à ne retenir que les projets avancés en phase “Travaux”. »

Sur le fond de la discussion avec les instances européennes, Alain Rousset estime que « la LGV ne s’oppose d’aucune façon aux travaux de régénération des lignes “classiques” et encore moins au RER métropolitain, pour lequel une seconde ligne est indispensable. La Commission européenne a confirmé l’inscription de la ligne Atlantique dans le réseau central structurant du Réseau transeuropéen de transport. »

Cyrille Pitois

Photo: Aqui.fr

Publié le 01/07/2022

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