La députée de la 9e circonscription de la Gironde a trouvé sa place au sein de l'Assemblée nationale. Martine Faure a été élue il y a un an, battant le candidat UMP, Philippe Dubourg, Depuis, elle a trouvé ses marques au Palais-Bourbon. A Paris, elle fait l'expérience, parfois douloureuse, du rôle de députée de l'opposition. Sans pour autant perdre ses convictions.
Murs blancs et moquette grisée au plancher. Deux larges bureaux et un canapé noir sur le côté. Elyane Boutin ouvre la fenêtre du bureau de sa députée, Martine Faure. Elle met en route le café. Martine Faure entre. Les deux femmes se font la bise et se tutoient. Echange de sourires. Le café est servi. La députée de la 9e circonscription de la Gironde commence sa journée au 3 rue Aristide Briand, à côté de l’Assemblée nationale. Comme souvent, elle va la finir dans le Langonnais, après avoir pris le train.
« Je suis vraiment députée maintenant, après un grand temps d’observation et d’adaptation », reconnaît Martine Faure. Les derniers mois ont été éprouvants ; elle a en effet dû gérer son entrée au Palais Bourbon, organiser son bureau parlementaire et poursuivre l’action des mandats locaux. Pour l’installation parisienne, Martine Faure a profité de l’expérience d’Elyane Boutin, ancienne attachée parlementaire de Bernard Madrelle, qui fut député de la 11e circonscription. « Elle m’a beaucoup aidée à me repérer, confie la députée. L’Assemblée nationale est un lieu prestigieux, mais aussi un labyrinthe, qui s’étend sur trois sites différents [le Palais Bourbon, le 3 rue Aristide Briand et le 233 boulevard Saint-Germain]. » Depuis mars dernier, l’emploi du temps s’est allégé. Martine Faure a abandonné la présidence de la communauté de communes du pays d’Auros ainsi que la vice-présidence du conseil général de la Gironde, pour en devenir simple membre. Elle reste néanmoins au conseil municipal de sa commune d’Aillas, qui compte quelques 600 habitants.
L’obsession de la réforme
Pour l’ancienne institutrice de 60 ans, « ces onze derniers mois ont été vertigineux ». Et pas seulement à cause de ses multiples casquettes. Elle raconte le « rythme infernal imposé par le gouvernement, qui oblige à sauter d’un sujet à un autre et qui multiplie les changements de planning ». La députée attend toujours la loi pénitentiaire, promise pour octobre 2007 et censée améliorer les conditions de détention. Au contraire, elle souligne l’empressement de Rachida Dati, la ministre de la Justice, à supprimer les tribunaux de proximité, notamment ceux de Bazas et La Réole, « sans aucune concertation ». « En séance, j’ai très souvent l’impression qu’on ne parle pas des mêmes Français, ni des mêmes textes, s’exclame la députée. Si j’écoute nos ministres, il n’y a pas de pauvres en France. »
Martine Faure est choquée par le « discours obsessionnel » tenu par la majorité. Elle a noté des constantes dans les diverses prises de parole des membres de l’UMP. « Ils répètent à l’envi modernité, réforme et économies. J’ai même vu le ministre de l’Education, Xavier Darcos, à cours d’arguments, piétiner et marteler ‘réforme, réforme, réforme’ ! » Elle raconte le vote de textes « à l’emporte pièce, comme les lois sur les tests ADN, les franchises médicales ou la recherche d’emplois des chômeurs. Ce sont des moments qui déchirent. » Elle se souvient aussi de son accablement après l’adoption du paquet fiscal, dès juillet. « On s’est mis des verrous sur le budget 2008 d’emblée », regrette-t-elle. C’est toujours la même déception : « Une fois dans l’hémicycle, le travail en commission, souvent de très bonne qualité, est anéanti par le vote ». Le projet de loi sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) a connu le même sort, malgré un premier vote de rejet et quelque 47 heures de débats.
Elue d’opposition, une première
Avec le mandat de député, Martine Faure expérimente une nouvelle façon de faire de la politique. Elle n’avait jamais été dans l’opposition de toute sa carrière. Le changement est radical. C’est ce qui lui fait dire que « député est un mandat de patience et d’observation critique. » Elle entend porter la voix de son territoire, qui compte quelque 140 000 citoyens, sans oublier de rapporter sur le terrain ce qui a été fait à la capitale. L’exercice n’est pas toujours facile. Aux volontés gouvernementales s’ajoutent les directives européennes, qu’il faut faire passer sur le terrain. « Elles sont à l’origine d’une grande frustration pour des élus locaux puisqu’elles n’émanent pas de notre travail », avoue Martine Faure. Avec ses collègues girondins, Pascale Got, Michèle Delaunay et Philippe Plisson, elle veut constituer un groupe capable de mieux faire entendre les revendications de leur circonscription. Un des premiers objectifs : la défense du patrimoine viticole.
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