L'ancien suppléant de Bernard Madrelle a pris sa place de député de la 11e circonscription de la Gironde. Un an après son élection, le mandat national laisse Philippe Plisson amer. Le député se félicite d'avoir gardé ses mandats locaux, notamment la présidence de la communauté de communes de l'Estuaire, pour prendre sa revanche dans l'action locale.
Le député Philippe Plisson est « frustré ». A Paris, l’élu de la 11e circonscription de la Gironde n’influe pas sur le cours des choses. « L’Assemblée nationale est verrouillée. J’ai l’impression d’être au théâtre et de suivre une pièce dont l’issue est connue à l’avance, la victoire de la majorité. » Il rechigne à détailler, comme si la réalité lui pesait. Son regard s’évade à travers la fenêtre de son bureau et le député se livre sans détour.
Les lois arrivent au Palais-Bourbon, selon un calendrier décidé par le Gouvernement. Le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche (SRC), rédige des amendements, proposés en commissions. Comme la répartition des sièges reproduit celle de l’Assemblée nationale, les élus de la majorité n’ont aucun mal à rejeter les amendements, qui passent à la trappe. « En deux heures, jusqu’à 150 amendements de l’opposition sont jetés à la poubelle, ajoute, blasé, Philippe Plisson. Puis rebelote dans l’hémicycle. Je passe deux jours à Paris à lever la main pour voter et, à chaque fois, je finis Gros-Jean comme devant ». Et le député PS de souligner, dépité, que l’opposition n’a été majoritaire qu’une fois depuis le début de la législature, lors du premier vote sur les organismes génétiquement modifiés (OGM). Une victoire démentie, dès le lendemain, en commission mixte paritaire.
« Les députés font l’Assemblée buissonnière »
Si le député critique le noyautage de l’opposition, il s’indigne aussi de voir la majorité cadenassée par l’UMP et le Président de la République. « Certains élus sont soumis à des pressions pour qu’ils votent dans ‘le bon sens’, s’énerve le député. Le sénateur UMP Le Grand a en outre souligné publiquement l’influence des lobbies pro-OGM, Monsanto en première ligne, sur ses camarades. » Philippe Plisson n’attend rien du projet de loi de modernisation de la Ve République : « La soi-disant réforme occulte tous les points importants ; elle élude notamment la révision du mode de scrutin des sénateurs, qui favorise la droite, en accordant un poids démesuré aux communes de moins de 2.000 habitants. »
Mais le maire de Saint-Caprais-de-Blaye n’est pas tendre avec son propre groupe. Il en décrit le fonctionnement, « fondé sur des hiérarchies assez figées », et le manque de convivialité. « François Hollande, qui n’est pas de mon courant, me dit bonjour alors qu’Henri Emmanuelli, par exemple, ne daigne pas le faire. » Ces façons de faire ne l’agacent même plus. Difficile de trouver sa place même parmi ses amis politiques. « Certains députés font l’Assemblée buissonnière tant ils s’ennuient en séance. On ne les voit qu’une fois par mois. » S’il se contraint à rejoindre la capitale toutes les semaines, « pour faire son boulot », Philippe Plisson dit comprendre ses collègues absentéistes, l’air navré.
Des débuts de colleur d’affiches
Pour lui, un élu ne peut exister politiquement avec le seul mandat de député. Il lui manque des leviers sur le terrain. « Si je ne devais garder qu’un mandat, ce serait celui de président de la Communauté de communes de l'Estuaire », avoue sans complexe Philippe Plisson. Il se sert de son mandat national, pour faire avancer les choses sur le plan local. Là, il a l’impression d’être utile. Son visage s’anime lorsqu’il énumère les nouveautés sur sa circonscription : une crèche intercommunale avec 35 places, une maison de retraite et de multiples actions en faveur de la formation des jeunes. « Ce sont des projets qui m’intéressent car ils sont concrets », lâche le député. Il sait aussi que ces actions-là lui vaudront la reconnaissance assurée des électeurs.
Pourtant, Philippe Plisson, qui n’hésite pas à rappeler qu’il est l’animateur assidu de la « fête du Goret », ne regrette pas son élection. « Devenir député est l’aboutissement d’une carrière politique de trente ans, commencée comme colleur d’affiche. C’est une fierté et un honneur. » S’il avait déjà perçu les limites du mandat, en tant que suppléant de Bernard Madrelle, peut-être ne les avait-il pas imaginées aussi fortes. Et puis il y a un avantage évident. La fonction de député est reconnue. « Elle me permet, par exemple, d’avoir accès plus rapidement au secrétaire général de la préfecture », indique l’élu. Toujours pour agir sur le terrain. Désormais, parmi les meilleurs moments de la semaine, outre le vélo et la chasse, figure aussi le moment où Philippe Plisson attend le train « pour quitter Paris et repartir chez lui », dans sa circonscription.
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