Politique | La députée socialiste Michèle Delaunay répond à une polémique sur sa proposition de loi pour faciliter le changement de sexe
30/12/2011 |
Dans un article paru le 28 décembre sur notre site, nous évoquions la proposition de loi de 73 députés PS visant à simplifier la procédure de changement de la mention du sexe dans l'état civil. Une procédure conditionnée aujourd'hui en France à la preuve d'une opération chirurgicale irréversible. L'auteure de cette proposition est Michèle Delaunay, députée socialiste de Gironde. Dans un mail, Julien Diez, chargé de mission à la transidentité pour Gaylib et membre du bureau politique de ce mouvement associé à l'UMP accuse cette dernière de s'être appropriée son travail et d'avoir une démarche purement politique. Nous publions ici ce texte, ainsi que les réponses apportées par Michèle Delaunay à ces "attaques".
Voici le mail que nous avons reçu de Julien Diez, chargé de mission à la transidentité pour Gaylib et membre du bureau politique de ce mouvement associé à l'UMP :
"En ma qualité de chargé de mission à la transidentité, et de membre du bureau de Gaylib, je tiens à réagir à la proposition de loi déposée le 22 Décembre 2011 par Madame Delaunay, députée PS de Gironde. Une loi portant sur la simplification des changements de papiers d'identités pour les personnes trans. Sur le fond je ne peux que me réjouir de cette proposition de loi, les apparence sont bien installée par Madame le député, nous pouvons relire les positions prises par Gaylib points par points telles qu'elles le furent notamment exprimées dans nos courriers aux parlementaires de Mai et de Juin de cette même année, soit plus de six mois avant le texte présenté dans cette proposition de loi. Gaylib en mouvement associé à l'UMP se voit ici encore une fois reconnaître un talent qui semble manquer à gauche, puisque c'est là que Madame Delaunay vient prendre ses raisonnements et propositions. En reprenant arguments et raisonnements Gaylibiens dans sa quasi totalité elle oublie la nécessité de faire de la transphobie un délit, ce qui est aujourd'hui encore une opinion : "aurais-t-elle sauté des lignes dans ses lectures Gaylibiennes?" Nous ne pouvons alors que nous réjouir de la reprise de propositions et positions par madame Delaunay bien qu'elle oublie de révéler la vraie nature des sources. Nous ne sommes pas dupes cependant d'une manoeuvre politique pleine de cynisme. En effet, faisant croire à une opportunité d'améliorer la situation, nous espérons que Madame Delaunay sait que les travaux parlementaires seront clos en Février, et donc que son projet de loi ne pourra être débattu durant cette législature. Ou alors présume-t-elle du résultat des votes de sa propre prochaine candidature, insultant l'arbitrage des Bordelais en Juin prochain? Ici Madame Delaunay fait une proposition certes bonne, issue des travaux de Gaylib de 2007, de 2009, puis ceux de cette année six mois avant la parution de sa proposition, mais une proposition qui n'est encore une fois qu'une manoeuvre politique. Elle sait pertinemment que cette proposition n'a aucune chance d'être débattue en 2012, et elle se fait par ailleurs dans l'incertitude de sa propre ré-élection. Quel cynisme face à des situations réellement difficiles qui ne devraient pas être l'objet de jeux politiciens comme celui que nous attestons aujourd'hui.
En conclusion, nous voyons une forme de rhétorique souvent appliquée par la gauche. On dit faire des choses, mais toujours hors délais, et en dehors des beaux-discours il n'en résulte rien dans les faits, nous le voyons bien dans nos régions souvent dirigées dans un amateurisme sur nos questions. Je suis cependant ravi de voir ce projet de loi, qui est un beau projet, mais qui est le projet de Gaylib comme les dates le démontrent, mais qui aurait mérité mieux que l'attentisme politique pour faire du buzz. Il s'agit ici d'une manoeuvre déplacée, derrière le travail effectué notamment par Roselyne Bachelot pour les Trans vers la dépsychiatrisation, ou une certaine avancée sur cette question des papiers d'identités par Madame Alliot-Marie en 2010, Madame Delaunay propose du discours qui outre le fait qu'il n'est pas sien n'a aucune possibilité de se voir dans les actes. Cette forme de lâcheté politique me désole, ce cynisme envers cette cause qui me tiens tant à coeur plus encore, les trans dans leurs combats courageux valent mieux que ces effets de manches là".
Réponse de Michèle Delaunay qui dénonce la mauvaise foi d'un militant UMP
Je voudrais tout d'abord préciser que je n'ai jamais reçu de courrier ou de mail de la part de Julien Diez. En tant que militant UMP, il a probablement envoyé ses propositions pour les trans au groupe UMP. En voyant sa réaction, j'ai les cheveux qui se dressent sur la tête. C'est de la mauvaise foi. Cela fait trois ans que je travaille sur ce sujet délicat, entâché de méconnaissance. Il a même fallu faire un travail d'explication auprès des parlementaires. A cet effet, nous avons organisé un colloque à l'Assemblée nationale en 2009, avec notamment un député trans de Suisse. J'ai voulu faire évoluer le droit en prenant en compte les directives européennes, sans forme de communautarisme. Avec ses déclarations, Julien Diez accuse son groupe UMP qui n'a jamais eu la volonté de voter une telle loi. Cela se voit que nous sommes en campagne électorale ! Ils ont peur que nous récupérions des voix...
Cette proposition de loi est une avancée importante. Lorsqu'une personne change de sexe et va à la pharmacie, par exemple, ses papiers sont en contradiction avec elle. C'est une période douloureuse. Je préconise d'inscrire dans les documents officiels "l'identité de genre choisie sans obligation préalable de stérilisation ou d'autres procédures comme une opération de conversion sexuelle ou une thérapie hormonale". Par ailleurs, je tiens aussi à répondre aux critiques de certains trans sur les réseaux sociaux. On m'a dit que cette loi n'était pas complète et ne comportait pas de condamnation de la transphobie. C'est normal, ce n'est pas le sujet ici. Je signale qu'il y a deux semaines un amendement a été voté par la gauche sur cette question à l'Assemblée. On me reproche aussi que cette loi arrive tard. Mais, aucun député UMP ne l'aurait voté. C'est ce que démontre le courrier de Julien Diez.
Propos recueillis par Nicolas César











