Politique | Les enjeux de la campagne présidentielle décryptés par le politologue Roland Cayrol
01/03/2012 |
Ce week-end, la campagne présidentielle s'est clairement accélérée. Nicolas Sarkozy a tenu son premier meeting à Marseille, Marine Le Pen était à Lille devant ses militants, accompagnée de son père, et tous les sites Internet de François Hollande ont été attaqués pendant 72 heures... Il ne reste plus que deux mois avant le premier tour des élections présidentielles. Quels sont les enjeux, les clés de ce scrutin si particulier, en ces temps de crise ? Réponse avec Roland Cayrol, politologue réputé, qui vient de publier un livre, "Tenez enfin vos promesses", aux Editions Fayard, dans lequel il montre que nos dirigeants politiques ont peur du peuple et n'osent pas trancher les vrais débats (lire l'éditorial de Joël Aubert du 22 janvier à ce sujet).
Aqui! Revenons d'abord sur la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy mercredi 15 février sur TF1, qu'en avez-vous pensé ?
Roland Cayrol : C'était compliqué pour lui, car il n'y avait aucun effet de surprise. Nicolas Sarkozy n'a fait que confirmer ce que tout le monde savait déjà. Ce qui compte maintenant, c'est l'effet de cette annonce dans les 10-15 prochains jours. Va-t-il gagner deux points et demi dans les sondages ? Si la réponse est positive, cela signifie que les sarkozystes dubitatifs le rejoignent. En revanche, si Nicolas Sarkozy ne gagne pas au moins deux points de popularité dans les deux prochaines semaines, il sera très difficile pour lui de remporter cette élection présidentielle.
@! : Comment analysez-vous les thèmes de campagne portés par Nicolas Sarkozy ?
R.C : D'un côté, à travers la France forte, des thématiques très économiques, la compétitivité de la France, la sortie de crise, Nicolas Sarkozy veut séduire les électeurs du centre. De l'autre, il veut conquérir l'électorat de l'extrême droite en stigmatisant les chômeurs, les étrangers, le mariage gay... En fait, la question est : peut-on marier ces deux approches ? C'est l'enjeu de cette campagne.
L'électorat du Front national, enjeu majeur de ces présidentielles
@! : Justement, il semblerait que Marine Le Pen peine à rassembler les 500 signatures requises pour se présenter, cela pourrait changer la donne ?
R.C : Cet électorat est très important pour Nicolas Sarkozy, plus encore qu'en 2007. C'est un point de passage obligé au premier et au deuxième tour. Mais, est-ce que les électeurs du Front national vont voter pour lui si Marine Le Pen ne peut pas se présenter ? Si l'on regarde les sondages, la réponse est non, pour l'instant. Ils en veulent beaucoup à Nicolas Sarkozy. Pour autant, ils n'aiment pas non plus François Hollande.
@! : Comment jugez-vous la campagne de François Hollande ?
R.C : Depuis les primaires, il a assis une suprématie sur l'électorat de gauche. Même quand sa campagne a patiné, avant le Bourget, les électeurs de gauche ne l'ont jamais laissé tomber. Ils ont été traumatisés par le 21 avril 2002 (l'échec de Lionel Jospin et Jean-Marie Le Pen au second tour, ndlr). Dans leur esprit, le message est clair : il ne faut pas laisser passer Sarkozy !
Interview : Nicolas César
Crédit photo : Isabelle Camus











