Politique | Les politiques publiques territoriales : les nouveaux laboratoires de l’innovation ?
15/11/2012 | «Penser global pour agir local», tel sera le sens innovant de la structuration territoriale, selon Jean-Luc Gleyze, Vice-président du Conseil général de Gironde
Parmi les concepts que la crise a remis au goût du jour, l’innovation est en tête de liste. Et l’Europe, dans sa stratégie UE 2020, lui fait d’ailleurs une belle place. En effet, avec la compétitivité des PME et l’impératif d’une économie à faible émission de CO2, l’innovation est une des 3 priorités de la stratégie européenne pour 2014-2020. A ce titre elle est un des critères principaux posés par la Commission pour l’attribution des fonds structurels européens, notamment dans le domaine de la cohésion territoriale. Innovation et territoire, une double entrée du séminaire d’actualité européenne organisé ce 14 novembre au Conseil général de Gironde.
Qui dit innovation, pense d’abord innovation technologique. Pourtant, comme l’a démontré la première table ronde de l’après-midi, dans le champ du développement territorial, l’innovation peut prendre des formes multiples et variées. Pour Vanessa Cordoba, Consultante à CMI, cabinet de conseil en stratégie, il faut avant tout élargir le concept : «l’innovation, c’est une réponse nouvelle qui parvient à résoudre un problème resté jusque-là sans solution efficace». L’innovation peut donc être une « innovation d’usages, une innovation organisationnelle, une innovation sociale ou encore une innovation de politique publique tant sur le fond, comme la mise en place de nouveaux services innovants, que sur la forme, comme le choix de l’expérimentation d’une démarche ou d’une politique». Mais en la matière, son constat est sans appel, « les politiques publiques en France sont démesurément centrées sur l’innovation technologique». Elles laissent les territoires un peu trop passifs face à cette innovation».
L'interSCoT: une struturation territoriale innovante et compétitive
Pourtant, si elles ne sont pas les plus répandues, quelques démarches mises en œuvre par les acteurs publics font bel et bien preuve d’innovation. En Gironde, l’exemple de l’interSCoT donne quelques longueurs d’avance aux territoires du département en matière de structuration territoriale. En effet, l’InterSCoT Girondin est une démarche volontaire des acteurs du territoire afin de décider une convergence de leurs moyens, ingénieries, et compétences sur des thématiques communes telles que l’habitat, la mobilité, l’urbanisme commercial ou encore la gestion de l’eau,etc. Le tout, sans enlever aucune légitimité à aucune instance territoriale. Au total, une démarche qui en plus d’être innovante pose un repère de compétitivité «en montrant la capacité du territoire à s’organiser sur des thématiques globales, et donc ainsi préparer à l’accueil de future politique publique y compris européennes» précise Agnès Charousset, Directrice d’étude à ACim.
En d’autres termes, pour elle aussi l’innovation ne vient pas par le haut, ce sont bien les contraintes du terrain qui amènent les acteurs publics à chercher à être plus efficaces et cohérents dans leur propre gestion du territoire. Si cette innovation structurelle ne rentrera pas dans le cadre des financements européens, elle donne un cadre favorable à l’émergence de l’innovation telle qu’elle peut être entendue par les textes européens.
En effet, selon Christophe Moreux, Directeur des Politiques territoriales à l’AFCCRE (Association Française du Conseil des Communes et Régions d'Europe), le lien entre structuration du territoire et Fonds structurels européens est primordial dans le sens où, "plus le territoire sera structuré, mieux on sait qui fait quoi, et mieux les programmes européens seront mises en œuvre". Une remarque qui ne peut que faire écho aux actuelles questions qui demeurent encore sur les modalités de l'acte 3 de la décentralisation, et de ses conséquences en termes de gestion des fonds FEDER et FSE, instruments de la cohésion des territoires en Europe.

Solène Meric
Crédit Photo : Aqui.fr












