Née un jour de victoire, le 8 mai 1945, elle deviendra juge durant l'année 1968. Étudiante militante jusqu'au bout des ongles, Jeune mère de famille, Simone Gaboriau réussit le concours avec à l'esprit un idéal de justice. Cette même année, elle voit naître le syndicat de la magistrature, dont elle deviendra présidente de 1982 à 1986. Elle sera la première femme présidente nationale. Simone Gaboriau était déjà devenue la première femme juge d'instruction de Bordeaux, dans les affaires de vignobles, chez ces familles bien enracinées.
C'est en Aquitaine, en deuxième position sur la liste du Front de gauche, que cette femme indépendante de tout parti politique se présente.
Femme de 65 ans, ancienne juge au "financier", nouvelle entrant en politique, indépendante et courageuse. Quelques traits communs avec Eva Joly. Même s'il serait séduisant de comparer ces deux femmes juges, élégantes et engagées, le destin de "Madame Gaboriau" trouve son double dans le parcours de Gérard Boulanger, tête de liste du Front de gauche aux élections régionales.
Revendiquer les grands principes d'un modèle social et construire une démocratie digne de ce nom, telle est son ambition. Les élections régionales permettent de porter ce débat au niveau national, elle en a bien conscience : "le débat doit monter vers le haut et pas l'inverse". Cette militante syndicale rompue aux joutes verbales n'a que faire des "débats nauséabonds". Habituée au débat permanent que lui offre le syndicat de la magistrature, lieu de bouillonement intellectuel, Simone Gaboriau ressent les dérives d'un système autoritaire. "On frise les lignes de partage" nous confie t-elle.
Gérard Boulanger et Simone Gaboriau, un destin mêlé
Simone Gaboriau et Gérard Boulanger partagent bien plus qu'une liste aux élections régionales. Une amitié les lie depuis plus de trente ans. Elle nous avoue qu'elle n'aurait jamais participé à une campagne politique si ce n'était pas Gérard Boulanger qui était venu la chercher.
C'est en 1973, lorsque Simone Gaboriau devient juge d'instruction à Bordeaux qu'elle rencontre Gérard Boulanger, alors avocat engagé. Depuis ils ont mené ensemble de nombreuses luttes, en 1980 contre la loi Bonnet pour le droit des étrangers ou encore en 1981, contre la première loi sécuritaire dite "liberté-sécurité". Puis, leur combat pour les droits de l'homme s'est appliqué à défendre des valeurs communes contre l'exclusion et le mépris de l'être humain. En 1985, alors qu'elle fonde l'association « Magistrats européens pour la démocratie et les libertés » qui regroupe 15 organisations nationales de magistrats progressistes, Gérard Boulanger fonde en parallèle l'association des avocats européens démocrates. Et tandis qu'elle est présidente du syndicat de la magistrature, il devient à son tour président du syndicat des avocats de France.
La propédeutique de l'homme debout
Couronnement de l'engagement social, deuxième sur la liste du front de gauche, Simone Gaboriau veut participer en tant qu'élue. Elle nous confie vouloir "toucher les causes concrètes de la désespérance". A travers le réseau associatif, syndical et tous les réseaux de sociabilité, la région est un lieu privilégié pour répondre aux attentes. "Des microexpériences sont possibles", assure t-elle.
Aussi Simone Gaboriau sait pertinemment que la fonction qui l'attend est une celle d'une gestionnaire. "Il n'y a pas de gestion sans valeur, tranche t-elle. Elle qui aurait rêvé de diriger l'ENM pour pouvoir "casser cette obsession de l'infaillibilité technique". Elle poursuit, "Les technocrates méprisent la démocratie ! ". Pour cause, l'idéologie actuelle a fortement touché sa profession. Les magistrats deviennent des techniciens sans âme qui appliquent immédiatement des peines planchers. Ils doivent rendre des jugements, même mauvais, pourvu qu'ils condamnent. C'est contre cette gestion hative et inuhmaine que se lève Simone Garibau.
Pétrie des valeurs des Lumières, elle souhaite "mettre l'Homme au centre des préoccupations politiques", insistant tout particulièrement sur les objectifs ambitieux du préambule la Constitution de 1948, qui vont bien au delà de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Car selon elle, si l'on veut des citoyens debout, "il ne peut y avoir de droits civiques sans droits sociaux".
Olivier Darrioumerle
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