Les députés ont voté, mardi 1er décembre, le texte qui définit et met en place le Grand Paris, projet de faire de la région parisienne une large et dynamique zone de développement économique et urbain. Un pari urbanistique délicat, très critiqué par la gauche comme la droite, alors que les travaux pourraient commencer dès 2013.
Le Grand Paris est lancé. Après une semaine de débats sur le projet de loi présenté par le secrétaire d’Etat au développement de la région-capitale, Christian Blanc, les députés ont finalement dit oui à son Grand Paris. Un texte adopté avec 299 voix mais rejeté par 216, résultat qui traduit l’opposition de la gauche au projet et les nombreuses réticences de la droite, sans parler des critiques des architectes.
En l’état actuel des discussions, le Grand Paris se résume à un super métro en forme de « grand huit » reliant le centre de Paris aux principaux pôles de développement de la région Ile-de-France. D’une longueur de 130 kilomètres, ce métro automatique, qui fonctionnera 24 heures sur 24, pourra transporter 40 000 personnes en heure de pointe. Et il desservira une quarantaine de gares. Objectif ultime : la création d’un million d’emplois sur quinze dans la région francilienne.
L’axe principal du réseau sera la ligne 14 du métro parisien, qui serait prolongée vers le nord et le sud pour relier les aéroports de Roissy et d’Orly. Le métro passerait aussi par neuf grands pôles de développement, dont le haut lieu scientifique du plateau de Saclay, situé entre l'Essonne et les Yvelines, le quartier de La Défense ou encore Le Bourget. Au total, le coût du « grand huit » est estimé à 21 milliards d’euros pour une mise en service autour de 2017.
Des critiques de tout bord fusent
Pour le gouvernement, il s’agit de l’acte I du projet plus large de Grand Paris tel que défini par Nicolas Sarkozy dans son discours du 29 avril dernier au Palais de Chaillot. Le président de la République inaugurait alors une exposition présentant les travaux de dix équipes d’architectes sur l’avenir de la métropole et sur ce que devait être une « ville-monde ». Des architectes depuis très remontés contre Christian Blanc, accusé d’avoir élaboré un projet centré exclusivement sur le transport et sans tenir compte des réflexions architecturales menées. Le célèbre architecte Jean Nouvel a d’ailleurs récemment claqué la porte du groupe chargé de réfléchir à l'aménagement urbanistique de l'Ile-de-France.
Le Grand Paris subit également les foudres des politiques. La gauche y voit la remise en cause des compétences du conseil régional, dirigé par le socialiste Jean-Paul Huchon, et souligne le manque de concertation avec les experts et les collectivités concernées. La droite dénonce, pêle-mêle, une recentralisation, un projet au coût faramineux, l’oubli des déplacements domicile-travail au profit des trajets professionnels entre pôles et l’absence d’objectifs en termes de construction de logements pourtant nécessaires sur la région. Autant de questions auxquelles Christian Blanc doit donner des réponses, avant de s’attaquer à celle encore plus ardue de la gouvernance – qui décide, qui fait quoi et avec qui – du Grand Paris.
Le gouvernement se veut apaisant mais ferme
Pour l’heure, le gouvernement tente de calmer le jeu. D’une part, le texte prévoit la conclusion de contrats de développement territoriaux entre l'État et les collectivités locales pour faciliter l’aménagement des terrains autour des gares desservies par le métro. D’autre part, le Premier ministre François Fillon a annoncé le 30 novembre dernier la constitution d’un « Atelier International du Grand Paris (AIGP) », une structure associant l'Etat, les collectivités locales et leurs ateliers d'urbanisme pour discuter de la mise en place du projet.
Le texte pourrait être débattu dès février prochain au Sénat, juste avant les élections régionales, pour une promulgation au printemps et des premiers travaux dès 2013. Cela à la condition que la procédure d’urgence, demandée par le gouvernement afin d’accélérer les discussions parlementaires sur le projet, soit maintenue contre l’avis, pour une fois commun, de la majorité et de l’opposition. Bref, la bataille du Grand Paris ne fait que commencer.
Photo : David Monniaux
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