Politique | Vu de mon canapé : FOG, on sait où ta bagnole est garée !
19/04/2012 |
Les journalistes ont un peu honte de se donner en spectacle, leur carte de presse s'en trouve un peu écornée. Même M.Pujadas, dont Sarko s'amuse de « la pugnacité caractérisée », fait de son mieux pour ne pas montrer qu'il est un bouffon. Bien sûr il met en action ses zygomatiques sous l'oeil des caméras de Jean-Jacques Amsellem pour mieux faire passer son message subliminal dans les cerveaux des veaux défoncés à la seringue hypodermique devant leur télé... ça fait parti du jeu. Mais cette fois-ci, c'est l'éditorialiste star du Point qui a crevé l'écran. Franz-Olivier Giesbert, qui avait sûrement « besoin de sommeil », a pété un plomb devant 4 millions de téléspectateurs-électeurs. Alors moi, le numéro 117682, qui dort bien merci, je ne vois pas pourquoi je me priverais de sortir la kalachnikov.
La démocratie c'est beau, on a le droit de dire n'importe quoi, même si on ne devrait pas. C'est lesacro-saint temps de parole. « Chacun aura ses 16 minutes et 34secondes », a prévenu Pujadas. C'est pas la célébrité d'Andy Warholassurée pour tous, mais ça va le devenir. « C'est le temps de référence,comme dans le sport », explique le roi de la mimique à la mèchetélégénique. Et comme dans les matchs de foot, mais dans les couloirs deFrance 2, Guillaume Daret ramasse à la balayette les miettesd'information que les boulimiques que nous sommes ont encore à se mettresous la dent. Vous n'êtes pas rassasiés? ça tombe bien, il en reste.
L'émission "Des paroles et des actes" de France 2 proposait 160 minutes de débats politiques entre des candidats bigarrés et un jury dont l'objectivité, à géométrie variable, n'aura échappé à personne. Heureusement qu'il y avait Fabien Namias, le fils de Robert ex-directeur de larédaction de TF1, nommé rédacteur en chef des services politique etéconomie de France 2 dans la perspective des élections présidentiellesde 2012. Le cyborg aux yeux si bleus qu'on s'attend, à tout moment, voirpasser un poisson rouge, mâchouillait sa langue pour ne dérangerpersonne. À part à l'époque de la Pravda, on n'a jamais fait soldat de l'information plus objectif.
Et, elle aussi sur le plateau, Nathalie Saint-Cricq, rédactrice en chef de l'émission fait tant d'efforts pourtenir son rôle d'impertinente sans trembler, qu'on ne pourra luireprocher que sa pertinence relative. Elle s'étonne gravement, au nom de la démocratie, que François Hollande n'ait pas donnéd'interview au Figaro, ou au nom de la laïcité, qu' Eva Joly cautionne le travail des femmes voilées auprès des enfants. Heureusement qu'il y a des grands oriflammes derrière lesquels elle peut se planquer... Car on frôle la désolationquand l'inquisitrice obligée tente de museler, à l'aide d'un dé à coudre ces bêtes politiques que sont Sarko et Le Pen.
Le Sarko show
Et puis Sarko est arrivé sur le plateau, comme un boxeur sur le ring. Nathalie Saint-Cricq, gonflée à bloc, sort de son foulard une vidéo lemontrant, alors ministre de l'intérieur, invité d'honneur au congrès de l'UOIF. On le voit s'agiter devant une assistance partagée entrehommes d'un côté et femmes voilées de l'autre. Il manque la bande sonore à cette vidéo ! Sarko s'enindigne. Et Nathalie Saint Cricq avoue benoîtement qu'elle s'attendait àcette réaction ! Elle vient de montrer, précisément, le passage où, plaidant l'interdiction du voile sur les photos d'identité, il esthué par une foule d'intégristes.Tapis rouge. Alors Sarko déroule sa litanie crypto-républicaine. Il n'a jamais pactisé avec les fous de Dieu. Le président a toujours été au service des valeurs de la République. CQFD.
« La France n'a pasperdu son triple A », affirme à contre-sens le président de la crise. Personne ne ditrien. Pas même Monsieur Lenglet, le Monsieur graphique de BFM business,au charisme d'endive et à la voix d'Emile Gravier. Sarko est lancé comme un v2, impossible de freiner, il ne peut pas s'empêcher de déborder de son temps de parole.« Vous aggravez votre cas ! » lance David Pujadas innocemment, un brintaquin.« J'ai compris, il faut que je parte »... silence... Sans que personne ne le pousse, le rois'est pris les pieds dans le tapis rouge. « Permettezmoi de vous dire bonsoir. » La classe présidentielle.
FOG sans fard
Les tics consolidés de M.Pujadas, l'impertinence de Mme Saint-Cricq, l'objectivité de Namias et la science de Lenglet camouflent une mise en scène du sens. Pas besoin de lire Bourdieu pour se douter que la télévision joue de notre esprit critique. Mais les journalistes télé font leur métier : ils posent des questions orientées. Face à des machines de guerre ils prennent des coups, mais encore une fois, ils font leur métier.
Mais quand Mister FOG arrive avec ses yeux de merlan frit pour 10 minutes d'une analyse politique à l'emporte pièce, on voit le vrai visage de l'éditorialiste "mainstream" qu'il est. Le vrai journaliste pédant, sans masque et sans scrupule. Du cynisme jusqu'à loucher. Eva Joly ? « une erreur de casting absolu. On ne comprend rien de ce qu'elle dit... d'ailleurs tout le monde s'en fout! ». Nathalie Arthaud? « C'est Les Bronzés font de l'économie ». Philippe Poutou ? « Un type extrêmement sympathique, totalement baba cool, j'ai plein de copains comme ça, d'ailleurs on passe de bonnes soirées! On bouffe des sardines à Marseille, on rigole bien. » François Hollande ? un écureuil qui plane au-dessus de sa campagne. Quant à Nicolas Sarkozy, « il était bon. Il a capté l'électorat du Front national et maintenant il amorce la campagne de second tour ». Le grand éditorialiste Franz-Olivier Giesbert s'est bien marré sur le service public. Heureusement que l'oreillette de Pujadas fonctionnait. Le service public décline toute responsabilité. Les commentaires n'engagent que lui. Et ça le fait marrer...
Pour ma part, mon temps de parole est écoulé. Les lecteurs d'Aqui auront sans doute apprécié mon sens de la mesure et mon respect confraternel. J'ai décidément beaucoup à apprendre... Je retourne sur mon brin de laurier m'endormir comme un loir.

Olivier Darrioumerle
Crédit Photo : Wouzit












