Société | Halte de nuit 33 : les salariés sont à bout
11/07/2012 | La situation devient de plus en plus tendue dans les lieux d'accueil des sans domicile et des migrants économiques. Tel est le cas à la Halte 33 de Bordeaux.
Suite à l’agression d’un animateur social, la Halte de nuit*, lieu d’accueil nocturne pour les sans-abri, gérée par l’association la Halte 33 a fermé provisoirement ses portes jeudi dernier, le 5 juillet 2012. En réaction à l’incident, les salariés ont déposé un droit de retrait collectif dénonçant l’augmentation rapide et exponentielle de la fréquentation des locaux. Depuis le début de la crise économique, les employés et les sans domicile fixe subissent les tensions et la violence que génère un environnement devenu beaucoup trop exigu qui manque de moyens financiers et de personnel.
Neuf animateurs sociaux répartis en trois équipes, le passage de plus de 115 sdf par nuit (45 en 2007), une centaine de collations à distribuer, un local de 70 m2 où s’amassent 35 personnes, une douche et un wc insalubres. Oui, à la Halte de nuit cours Balguerie-Stuttenberg, la file d’attente est longue pour bénéficier de quelques minutes à l’abri et de quoi s’alimenter. Les esprits s’échauffent, l’impatience prend le dessus. À tel point que mardi 3 juillet, alors qu’il tentait d'expliquer à un sans-abri « habitué de la structure » qu'il n'y avait plus de places, un salarié a été frappé. C’est la raison pour laquelle, jeudi dernier, le 5 juillet, le personnel littéralement débordé et effrayé a déposé un droit de retrait collectif auprès du conseil d’administration de l’association. Il réclame plus de sécurité et de moyens humains.
Un déferlement de migrants économiques.
« Depuis 2006, ça n’est plus possible, il y a de plus en plus de personnes en difficultés qui se présentent à la Halte de nuit chaque soir », se désole Virginie Hérisson, la directrice de la Halte 33. « Depuis le début de la crise en Europe, on assiste à l’arrivée massive d’un nouveau type de sans-abri : les migrants économiques », constate-t-elle désabusée.
Tunisiens, Grecs, Espagnols, Portugais, etc. Victimes du chômage dans leurs pays, tous viennent chercher du travail en France. Mais ici comme ailleurs, ils en trouvent peu, ou pas.
« Initialement, la Halte de nuit a été créée pour recevoir un public de sans-abri très marginalisé (toxicomanes, déficients mentaux, sdf âgés chronicisés, personnes atteintes de troubles psychiatriques) qui ne peut s’accommoder des obligations qu’imposent les structures habituelles comme les horaires, les comptes à rendre, la séparation avec un animal de compagnie, etc. », tient à préciser la directrice avant de poursuivre : « Aujourd’hui, ces personnes avec lesquelles nous avons instauré un lien, année après année, qui trouvaient à la Halte de nuit du calme et du réconfort ne comprennent pas pourquoi elles doivent partager le local avec les migrants économiques. Et parfois, rester à la porte. »
Et c’est sans compter une population émergente : « les smicards, contrats précaires qui n’ont pas de garants pour se loger », rajoute-t-elle.
Vers une réouverture fin juillet ?
Les salariés, la direction, les partenaires sociaux comme le Centre d'accueil d'information et d'orientation (CAIO), le SAMU social, le foyer Leydet, les directeurs d’associations bordelaises à vocation sociale, le Service intégré de l'accueil et de l'orientation (SIAO) réfléchissent actuellement à des pistes, des solutions qui devront être présentées devant le conseil d’administration de l‘association le 27 juillet prochain.
*Créée en 2005, la Halte de nuit est financée par la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS), la mairie de Bordeaux et le Conseil général.
Pour info : Une offre alimentaire est distribuée par le Centre communal d’action social (CCAS), cours Saint-Louis, tous les soirs jusqu’à la réouverture de la Halte de nuit.

Claire Sémavoine
Crédit Photo : Claire Sémavoine













