![]() |
||
C'était il y a seulement 20 ans. « Le mur de la honte », comme l'appelaient les Allemands, venait de tomber après avoir, pendant près de trente ans, séparé les Berlinois de l'Est et de l'Ouest en marquant ainsi le plus grand symbole de la division du peuple allemand entre deux pays et deux idéologies à part entière. 20 après sa chute qu'en est-il resté de cet enthousiasme émanant des Allemands qui, à la frontière, se jetaient dans les bras les uns des autres. Qu'en est-il resté des espoirs liés à la réunification? Le mur maintenant disparu, s'est-il vraiment éteint dans les esprits?
Norman Haas, enseignant d'allemand à Bordeaux 3, Thierry Letelier, directeur de recherche à l'Inserm de Bordeaux 2 et Karsten Kurowski, journaliste et enseignant à l'IJBA; Institut de Journalisme de Bordeaux Aquitaine, étaient tous les trois au coeur des évènements, en ce mois décisif et mouvementé de novembre 1989 en Allemagne. Ils font part de leurs souvenirs et réactions de cette période, aujourd'hui historique mais qui ne leur paraissait pas nécessairement encore comme telle dans cette nuit du 9 au 10 novembre.
Une capitale submergée par l'enthousiasme et le chaos
Norman Haas avait 12 ans à l'époque et habitait alors à Berlin Est. « Je me suis rendu compte que quelque chose avait dû se passer lorsque je suis venu à l'école; la moitié de ma classe n'était pas là. Puis on a vu d'énormes foules se tasser devant les différents check points du mur pour passer la frontière. » raconte-t-il. Thierry Letelier, lui, venait d'atterrir à Berlin Ouest, précisément le 9 novembre dans l'après midi, pour assister le lendemain à un congrès scientifique à Holzhau en RDA. « On était près de la Porte de Brandebourg, c'était la folie, un mélange d'enthousiasme et de bonheur conjugué à une ambiance de chaos total. » se rappelle-t-il. « Les gens essayaient de démanteler le mur, marteaux et burins à la main. D'autres l'avaient escaladé pour voir ce qui se passait du côté est. On est ensuite allé voir vers un check point. Les Allemands de l'Est y traversaient en masse la frontière, tout en se jetant dans les bras de leurs voisins ouest-allemands. »
Les colonnes de trabants
Karsten Kurowski se trouvait, quant à lui, à Hambourg ce jour là, à 60 km à peine de la frontière avec la RDA. « La nouvelle est tombée vers 19h, lorsque l'un des membres du bureau politique du SED, Günter Schabowski, avait annoncé l'ouverture de la frontière. Malgré la nouvelle je m'étais couché. Mais je pouvais pas dormir. Je me suis dis que je devais voir ce qui ce passait à la frontière. J'ai pris mon matériel et j'y suis allé. Et là, une immense colonne de trabants attendait minuit pour passer à l'ouest. Les soldats ne faisaient pas de problème. Il y avait même du champagne. C'était la fête. »
« Ça vous dirait de casser un peu le mur? »
Toutes les histoires racontées autour de la chute du mur devraient être néanmoins, selon Thierry Letelier, quelque peu démystifiées. « Le démantèlement du mur c'était plus un geste symbolique qu'autre chose car tout le monde savait bien qu'on n'allait pas faire tomber un mur de béton armé à coups de marteaux. Les gens ramassaient donc des morceaux de pierre détachés du mur pour en garder un souvenir. Je me rappelle quand j'avais trouvé une grosse pierre aux pieds d'un soldat est-allemand. Lorsque je l'ai prise, tout content d'avoir un bout du mur de Berlin dans les mains, le soldat me regardait totalement éberlué. », raconte M. Letelier.
« Il faut avouer... », continue M. Letelier, que « ...beaucoup de gens qui étaient là cette nuit, n'étaient que des badauds se laissant emporter par la foule en se disant "Super on va casser le mur!" » « Et puis... », rajoute-t-il « ... il ne faut pas croire que ce sont les Allemands de l'est qui cassaient le mur. Eux, ils pensaient surtout à traverser la frontière. Ceux qui s'y prenaient à coups de marteaux et burins étaient les Allemands de l'ouest. » En guise de précision, il existait en réalité deux murs à Berlin, l'un à l'est et l'autre à l'ouest avec entre les deux un no man's land. Les images du mur s'effondrant sous les coups de marteaux et qui ont parcouru le monde entier, sont donc uniquement celles du mur ouest de Berlin.
Comment l'Allemand de l'ouest fait marcher l'Allemand de l'est
En célébrant la chute du mur, on ne peut omettre d'évoquer les sentiments de désillusion et de déception qui ont accompagné la réunification allemande, la transition vers une économie de marché ainsi que l'adoption d'un mode de vie occidental. N'ayant pas connu le chômage pendant 40 ans, beaucoup d'Allemands de l'est se sont de même retrouvés à la rue du jour au lendemain. Qui plus est, plusieurs de leurs confrères de l'ouest ne
faisaient qu'exploiter la méconnaissance du capitalisme en ex-RDA. « C'est vrai que n'ayant aucune notion du capitalisme, les Allemands de l'est se faisaient souvent rouler. », rappelle Karsten Kurowski. « On leur présentait par exemple un stock de vêtements comme venant de Paris alors qu'on pouvait lire qu'ils étaient "made in India"; on les trompait aussi sur les prix etc. » Cet état des choses n'a pu que ternir encore plus l'image des Allemands de l'ouest aux yeux des compatriotes de l'est.
«Des mentalités différentes »
« Dans les premiers mois quand les Allemands de l'Ouest arrivaient en RDA, on les accueillait avec un large sourire, cela a très vite changé par la suite. » raconte M. Kurowski. « Ils commençaient à être perçus comme des exploitants, jouant des coudes et donnant des leçons aux ignorants de l'est. Ces derniers étaient, quant à eux, considérés par l'ouest comme des feignants, des gens indécis, pas sûrs d'eux-mêmes. » M. Letelier ne fait que partager cet avis en constatant : « On s'est rendu compte tout d'un coup que les Allemands de l'Est et de l'Ouest présentaient des mentalités complètement différentes. » « Ceci concernait notamment le mode de vie, la manière dont on le percevait. » ajoute M. Kurowski.
Réunification ou annexion?
Ce qui suscite enfin un grand nombre de controverses, aujourd'hui, est la réunification même de l'Allemagne, ou plutôt les conditions et circonstances dans lesquelles elle a eu lieu. « Faut dire ce qui est, la RDA a été tout simplement annexée par sa voisine. Cette dernière a été obligée d'adopter sans dérogations le modèle politique et économique occidental. » souligne M. Kurowski. Par ailleurs, la réunification a encore plus exposé les différences de salaires et de niveaux de vie entre les deux Allemagnes, contribuant ainsi à un exode massif vers l'Allemagne de l'ouest. M. Letelier remarque de son côté que même si les Allemands de l'est « n'en voulaient plus du communisme » ils « n'étaient pas forcément prêts à se jeter dans les bras du capitalisme ».
Une Allemagne de l'est moderne, dépeuplée et nostalgique
M. Kurowski souligne tout de même, qu'en définitive, la réunification a été bénéfique pour le développement de l'Allemagne de l'est. « Il faut savoir que la RDA, dans beaucoup de domaines, stagnait depuis des dizaines d'années. On avait l'impression que le temps s'était arrêté. Ces vingt dernières années les territoires de l'est ont vécu une vraie métamorphose (nouveau réseau routier, rénovation, construction de bâtiments, implantation de nouvelles entreprises). Tout cela de manière à harmoniser un peu les deux Allemagnes, ce qui a en grande partie réussi, même si l'Est est, aujourd'hui, considérablement dépeuplé. », conclut-il. Malgré ces multiples bénéfices, Norman Haas remarque de son côté la présence d'un certain sentiment de nostalgie envers cette période communiste. « A Berlin, ce sont les quartiers Est qui sont devenus les plus chics. Les gens ont même tendance à vouloir recréer l'ambiance de l'époque avec des éléments de déco, des meubles ou différents objets. » Les Berlinois continuent par ailleurs de distinguer les parties est et ouest de la capitale. « Un adolescent m'a demandé une fois où j'habitais, quand je lui ai répondu, il a dit : "Ah, c'est l'est, le Berlin des ténèbres."»
Ainsi, 20 ans après la chute du mur, le bilan de la réunification allemande qui a suivi, reste mitigé. Le peuple allemand, après 40 ans de séparation, a pu en effet se réunir et reconstituer une seule et unique nation. Mais à quel prix? Ces 40 ans pendant lesquels deux générations entières ont vécu au sein de deux Etats distincts aux systèmes politique et économique divergents n'ont pas pu ne pas laisser de traces dans les mentalités, systèmes de valeur ou modes de vie respectifs. Et ce n'est pas la disparition d'un mur en béton armé qui fera disparaître toutes les différences.
Piotr Czarzasty
Photos: antaldaniel, saturn
Déjà parus sur Aqui.fr...
Cenon : Concert de soutien pour sauver Ameth, jeune enfant malade. 28/01/10
Manifestation des agriculteurs à Bordeaux : les pommes à bas prix au menu 27/01/10
Eaux et territoires : un nouveau partenariat entre le Cemagref et l'Université de Bordeaux 26/01/10
Près de 15 000 personnes défilent contre la LGV à Hendaye, au Pays Basque 25/01/10
La maison de l'Aquitaine fête la nouvelle année 23/01/10
LGV Tours - Bordeaux : des retombées économiques et sociales à anticiper 22/01/10
Bilan des Etats Généraux de l'Industrie en Aquitaine, les prémisses de la politique industrielle de demain ? 21/01/10
Alain Rousset assure son soutien à la viticulture biologique 20/01/10
OM-Bordeaux : "Un bon point", selon Laurent Blanc 18/01/10
A Blanquefort, l'intersyndicale de First (ex Ford) s'inquiète et déclenche le droit d'alerte 16/01/10
2009 : Une année de turbulences pour l'aéroport de Bordeaux 15/01/10
L'Aquitaine se mobilise pour venir en aide à Haïti 14/01/10
Emploi salarié: un léger mieux en Aquitaine au troisième trimestre 2009 12/01/10
Aquitaine Europe Communication inaugure son Auberge Numérique au 137 rue Achard à Bordeaux 08/01/10
A Bordeaux : inauguration d'une nouvelle résidence universitaire « la Victoire », sous le regard mécontent de ses habitants 07/01/10
Aquitaine: revenu agricole en baisse de 20%, la profession met en route son projet régional 07/01/10
Les premières olympiades des métiers pour les personnes à mobilité réduite en France et en Aquitaine 30/12/09
Coupe de la Fédération: Le rugby Aquitain sort en bonne place des qualifications... 27/12/09
Mobilisation autour de l'officier franco-marocain Kaddour Terhzaz 26/12/09
"La diversité fait son cinéma ?" Les acteurs des quartiers interrogent la souffrance sociale 23/12/09
Malgré une bonne année 2008, l'aérospatiale du Grand Sud-Ouest n'échappe pas à la crise en 2009 23/12/09
LGV au Pays Basque : RFF persiste et signe pour la création d'une ligne nouvelle 23/12/09
Le Cancéropôle Grand Sud Ouest présente Matwin, un pont entre chercheurs et industriels pour favoriser l'innovation médicale 21/12/09
A la Winery, les séminaires d'entreprises passent aussi par la cuisine 20/12/09
28 bachelières d'Aquitaine reçoivent le prix national de la vocation scientifique et technique 19/12/09
Ils s'appellent Damien, Clément, Romain ou Geoffrey, et même si on a pu les croiser ce vendredi 5 février dans les allées du Salon Aquitec (Salon de l'orientation, de la formation et de l'emploi qui se déroule actuellement à Bordeaux) leur but n'est pas de trouver une nouvelle orientation. Ils sont déjà bien décidés sur leur avenir professionnel. Ils seront agriculteurs ; en partie, grâce au soutien de la Fondation pour une agriculture durable en Aquitaine qui vient de les désigner lauréats de l'appel à candidature: « devenir ingénieur par apprentissage ». Car non, on n'est jamais trop diplômé pour exercer le métier d'agriculteur.
06/02/2010
Du 5 au 7 février le Parc des Expositions de Bordeaux-Lac accueille, comme chaque année, le Jumping international. Les meilleurs cavaliers mondiaux et leurs montures se retrouvent pour un plateau qui s'annonce des plus relevé. Mais pour sa 35ème édition, le Jumping international de Bordeaux veut être perçu comme une vitrine du sport équestre, accessible aussi bien aux passionnés, qu'à un public de curieux moins avertis. En rassemblant un concours de saut d'obstacle de haut niveau, en réintégrant la coupe du monde d'attelage, et en mettant l'accent sur la féminisation de l'équitation, Bordeaux semble avoir rassemblé tous les atouts pour séduire un public désireux de découvrir le monde équestre.
04/02/2010
Opposés à la création d'une nouvelle ligne, les élus et la population locale réclamaient au gouvernement depuis plusieurs semaines un médiateur sur le dossier de la LGV au Pays Basque. Depuis lundi 1er février, c'est désormais chose faite. Le premier ministre François Fillon a nommé une médiatrice, en la personne de Marie-Line Meaux, inspectrice générale de l'administration du développement durable depuis 2008.
02/02/2010
Composante importante des Vignerons indépendants d'Aquitaine, et par extension, de la Fédération nationale des vignerons indépendants, la fédération de Gironde n'entend pas baisser les bras face aux difficultés de la filière viti-vinicole.
02/02/2010
Ce lundi 1er février, à Bordeaux, la promotion 2010 de l'Ecole nationale de la magistrature a fait sa rentrée en présence de la Garde des sceaux, Michèle Alliot-Marie. Devant eux 31 mois d'études avant d'obtenir leur diplôme. Cette promotion, composée de 127 auditeurs de justice, est la première issue de la grande réforme de l'ENM après l'affaire d'Outreau qui avait gravement affecté l'école et la justice.
02/02/2010
Ils sont treize, ils sont jeunes et viennent des quatre coins de l'Europe. Ensemble, ils ont formé le Jury des jeunes européens du Fipa, à Biarritz. En effet, depuis neuf ans, avec le soutien de la Région Aquitaine, le Festival propose à un jury d'adolescents européens de faire connaître leur propre regard sur le monde qui les entoure. Ce Jury pas comme les autres a donc la tâche de remettre un prix dans la section compétitive « Grand reportage et fait de société ». La remise du prix a eu lieu samedi 30 janvier, en présence de quelques officiels et d'un jury, auquel on n'a malheureusement que trop peu donné l'opportunité de s'expliquer sur son choix.
01/02/2010
Troisième président des États-Unis et principal rédacteur de la déclaration d'indépendance, Thomas Jefferson a séjourné en France où il fut ambassadeur pendant cinq ans, de 1785 à 1790. Quinquennat au cours duquel il sillonna le pays sur plus de 4000 kilomètres et commit quelques écrits remarqués sur les vins de Bordeaux. En homme éclairé, il fit partie de l'élite du siècle des lumières, dont l'architecture de Bordeaux, ville du XVIIIème par excellence, ne manque pas de témoigner. Charles Rivkin, son homologue contemporain, est venu lui rendre hommage, ce jeudi 28 janvier 2010, en inaugurant une plaque commémorative sur les murs du nouveau consulat des Etats-Unis, qui déménage de la place de la Bourse pour s'installer 89, quai des Chartrons. Entre passé, présent et futur, la ville de Bordeaux accueille à bras ouverts ses "vieux amis" d'outre-atlantique.
02/02/2010
Le Département SRC (Services et Réseaux de Communication) de l'IUT Michel de Montaigne - Université Bordeaux 3 a pour objectif de former en 2 ans des spécialistes des nouvelles technologies, des médias et du web en les préparant au diplôme national de DUT SRC. Il leur apporte également un sens développé de la communication sur le média Internet.
29/01/2010
Ce 28 janvier, l'association CentenAir2010, a donné le coup d'envoi des célébrations du centenaire de l'aéronautique en Aquitaine, à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, à bord de l'A300 Zero-G de Novespace, le seul avion européen capable d'effectuer des vols dans les mêmes conditions que dans l'espace. De nombreux élus locaux étaient présents. Preuve de leur implication dans l'évènement.
28/01/2010
C'était une décision très attendue dans le monde de l'agriculture. Ce jeudi 28 janvier, la chambre sociale de la cour d'appel de Bordeaux a condamné l'assurance accidents des exploitants agricoles (AAEXA) à indemniser un agriculteur charentais gravement intoxiqué en 2004 par le Lasso, un herbicide de Monsanto, interdit à la vente en France depuis 2007.
28/01/2010