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Société | Territoires ruraux : quel impact de la crise sanitaire?

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Covid, covid, encore et toujours… Il fait plus que jamais parti de notre vie depuis plus d’un an, et difficile de voir le positif dans cette crise sanitaire, dont on ne voit pas le bout. Le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine et le cluster Ruralité ont organisé une conférence-débat sur le thème "Ruralité(s) en Nouvelle-Aquitaine et en Europe ». L’occasion de pouvoir discuter de l’impact de la crise du Covid sur les territoires ruraux. Olivier Bouba-Olga, économiste et chef de service études et prospectives au sein de la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (DATAR), Gilbert Chabaud, maire de Saint-Pierre-de-Frugie (Dordogne), et Patrick Borie, maire de Marthon (Charente), Mercedes Bresso, économiste, ancienne présidente de la Région du Piémont en Italie (2005-2010), ancienne présidente du Comité européen des régions ; Gilles Savary, ancien député européen (1999-2009) et de la Grionde (2012-2017), Guy Clua, vice président des maires ruraux du Lot-et-Garonne et président du Conseil scientifique de l’Association des maire ruraux de France, étaient au rendez-vous, en visio ou physiquement.

La crise sanitaire est-elle une opportunité pour les territoires ruraux? Voilà la question du jour. Mais avant d’aller plus loin… La ruralité, concrètement, qu’est-ce que c’est ? Olivier Bouba-Olga est là pour y répondre. « Avant, le rural c’était un peu défini en creux. Un territoire rural c’était un territoire qui n’était pas urbain. Maintenant, on est sur une définition en plein. On considère comme rural un territoire ou une commune très peu dense ou peu dense ». Avec l’ancienne définition, le rural représentait 4,5% de la population, maintenant 33% de la population. Une nouvelle définition que l’économiste juge « beaucoup plus satisfaisante ». Il est d’ailleurs rejoint par Guy Clua qui est très « heureux » également de cette dernière.

Et en matière de ruralité, où se trouve la Nouvelle-Aquitaine? Elle est l’une des régions les plus rurales de France et occupe la troisième place, après la Bourgogne-Franche-Comté et la Bretagne. La ruralité représente 51% de la population de la région. D'ailleurs, plus d’un quart des salariés néo-aquitain du privé travaillent dans des communes dites rurales, au sens de la nouvelle définition. Dans le sous-ensemble de l’industrie, 30% des effectifs - France entière - sont localisés dans le monde rural et 43% pour ce qui est de la Nouvelle-Aquitaine. Ces chiffres montrent bien que le monde rural pèse en termes d’activités économiques et que les activités innovantes viennent aussi des territoires ruraux. 

Exode rural

Pour autant, il est encore trop tôt pour connaitre l’impact de la crise sanitaire. Bien qu’il y ait des indicateurs, à ce jour, il n’y a aucun moyen de les quantifier. Pour Gilles Savary, il faut rester très prudent sur les conséquences territoriales car comme l’a dit Olivier Bouba-Olga, on ne sait pas les mesurer à l’heure actuelle. Cependant, un constat peut déjà être fait : l’exode rural concerne surtout Paris et l’Ile de France, les populations aisée. « Il y a une segmentation sociale de ce retour à la campagne », affirme Gilles Savary.  

Webinaire : la crise sanitaire, une opportunité pour les territoires ruraux?

Un constat qui est appuyé par les chiffres de l’immobilier, en baisse de 17% en Ile de France, contre seulement 5% en province. Aujourd’hui, les biens immobiliers recherchés sont des maisons individuelles, majoritairement dans des petites villes et zones rurales. Il y a un réel attrait pour ces nouvelles zones. Ce qui signifie donc que les villages péri-urbains ont peut-être leur épingle à tirer du jeu. Mais cela ne s’applique pas à « la campagne profonde ». Cependant, Alain Rousset tient à souligner que « le phénomène de retour à la campagne, de redynamisation des villes moyennes et des villages n’a pas commencé avec la crise sanitaire. Je pense que la crise l'a simplement accéléré. »

Urbanisation 

Alors quel avenir pour ces territoires ruraux? La réponse n’est pas écrite pour l’heure. En tous les cas, il faut rendre ces zones attractives, pour attirer les nouvelles populations. Mais alors, par quoi ça passe? Gilbert Chabaud, maire de Saint-Pierre-de-Frugie (Dordogne), et Patrick Borie, maire de Marthon (Charente) ont livré leur expérience respective. Le maire de Saint-Pierre-de-Frugie, village de 500 habitants, s’est chargé, depuis son élection en 2008, de réouvrir les commerces, le restaurant, l’école. Un éco-lotissement va d’ailleurs voir le jour et accueillir 14 maisons. « Après c’est tout, on n'a plus de place », dit-il en riant. 

Ces commerces de base, qui semblent essentiels pour l’attractivité des villages. Patrick Borie, lui, pour les maintenir, a oeuvré pour un « regroupement spatial ». Mercedes Bresso est en total accord avec ces propos. « Pour qu’un village attire des nouvelles personnes ou des touristes, il doit être de qualité et attrayant. D’où l’importance de maintenir les commerces de base ». Elle affirme également que le maintien des services sanitaires est également indispensable. Et tout le monde est d’accord sur ce point. Gilles Savary ajoute à la liste : « l’enjeux du monde rural est de faire en sorte que pour les gens qui viennent habiter dans le monde rural, on leur donne le mode de vie le plus urbain possible. »

Mélanie Philips
Mélanie Philips

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 16/04/2021